27 novembre 2016

L’épée de Bolivar


On ne va pas se réjouir. En tout cas pas moi. Le décès de cette abominable vieille crapule de Fidel Castro ne saurait me plonger dans un abîme de félicité indicible. Pourquoi? D’abord parce que sa vraie mort remonte au moins à 2008, quand son frère Raul l’a gentiment installé dans son fauteuil d’égrotant sénile, entouré d’une nuée d’accortes infirmière chargées de lui changer les couches et éventuellement le survète en cas d’accident. Depuis lors il ne faisait plus de mal à personne le pauvre vieux. Du coup, sa disparition on s’en fout complètement.
Bon je comprends à la rigueur la liesse des exilés de Miami, vu ce qu’il leur a fait comme saloperies, et le mot est faible, là d’accord. Mais nous? Pour ce qui me concerne, par exemple, lorsque ce type s’est emparé du pouvoir j’avais treize ans, l’âge de lire tout ce qui pouvait paraître à l’époque dans la presse. La télé je crois bien que nous n’en disposions pas encore, mais, en tout état de cause, la tronche pittoresque de Fidel avec son contingent de Barbudos descendant du maquis de la Sierra Maestra pour renverser un Batista plutôt mal vu des folliculaires franchouillles, tout cela fait partie intégrante de mes années de découverte du monde. Je n’y comprenais pas grand chose mais ces curiosités particulières me folâtraient dans la cervelle, au même titre que les chansons de Gilbert Bécaud, les fesses fantasmées de Brigitte ou l’étrange musique émanant des discours alambiqués du Général de Gaulle. Donc, encore un truc qui fout le camp…ce n’est pas Fidel que je regrette, faut pas déconner, c’est juste le gros demi-siècle qui vient de s’écouler à la vitesse du torrent furieux déboulant du Pico Turquino et qui m’a fait passer en un clin d’œil du statut de petit merdeux mal dégrossi à celui de vieillard maniaque même pas élevé en fûts de chêne.
En même temps, bien sûr, on peut toujours s’amuser au spectacle des thuriféraires éplorés du Lider-Maximo. Je passe sur les Léninistes Sud-Américains dont les larmes obligées ressortissent aux procédures ordinaires applicables en pareil cas. C’est leur problème, on s’en tamponne le coquillard comme on disait à l’époque de la Baie des Cochons. En revanche, je rigole bien mieux en entendant Mélanchon, le poète de mes burnes, sortir des conneries du style: « Fidel! Fidel! Mais qu’est-ce qui s’est passé avec Fidel? Demain était une promesse. Fidel! Fidel! L’épée de Bolivar marche dans le ciel. »
Sans blague, je vous jure, il a tweeté ça, l’ivrogne communiste!
Et Samedi Soir il invita même tous ses coreligionnaires à venir chialer au pied de la statue équestre du Libertador Vénézuelien, Cours la Reine… non mais vous vous rendez compte! Foutre ce révolutionnaire assoiffé de sang sur le Cours la Reine! Et ça remonte à 1980, au temps de Chirac Maire de Paris! Avant, l’objet se trouvait porte de Champerret… putain de pays, putain de République! Espérons seulement pour les potes à Méluche que l’épée du fringant cavalier se sera abstenue d’une marche céleste particulièrement risquée dans la mesure où elle se fût éventuellement terminée sur la gueule des quelques couillons venus rendre hommage aux criminels sud-amerloques en question.
Cela dit, effet peut être de la rapière bolivarienne parcourant les cieux à toute la vitesse de ses petites pattes, les militants du Parti Communiste Français…oui, ça existe encore… viennent de choisir ce pochetron de Jean-Luc comme leur candidat pour 2017. Au fond elle est bien tombée la mort du Fidel Barbapoux, je suis sûr que ça a joué: les Cocos, quand on regarde bien, ce sont avant tout des poètes. La poésie du Goulag, tout ça… Cela dit, poètes, ou paysans, ou trous de balles, comme on voudra, ils possèdent désormais un candidat solide, les Bolchos, un zigoto sur qui ils peuvent compter pour tailler des vaches de croupières à l’improbable candidat socialo susceptible de sortir un jour ou l’autre du bourbier pré-électoral.

Si nous comptons bien, nous trouvons, à gauche, au moins cinq candidats prêts à se tirer la bourre pour perdre l’Élysée l’an prochain, une merveille! S’ajoute à cela un flou absolu sur le principal loser-gauchiard de la présidentielle, celui qui se fera éliminer au premier tour avec un coup de pied au cul pire que tout ce qu’on a pu observer depuis les origines de la République: le candidat officiel des Solfériniens. Et c’est parti pour la grosse rigolade bien de chez nous, avec maintenant le Président socialiste de l’Assemblée Nationale, l’invraisemblable Bartolone qui invite le Premier-Ministre socialiste à se présenter contre le Président socialiste de la République. On pourra lui reprocher tout ce qu’on voudra, à Hollandouille, mais en tout cas il restera dans l’histoire comme le fossoyeur de la Gauche Franchouille, le héros qui nous aura débarrassés- et pour longtemps j’espère- de cette bande de profiteurs éhontés dont l’action discontinue mais obstinée aura fait, en deux siècles, passer la France du rang de première puissance mondiale à celui qu’elle occupe aujourd’hui sur son strapontin ridicule coincé entre les Amerloques et les Chleus. Si l’on excepte les quantités négligeables, genre cocos et écolos, il reste à présent deux obédiences gauchiardes antagonistes: les socio-libéraux à l’anglo-saxonne tendance Macroncron et les patriotico-néo-marxistes style Montebourre. Ces deux catégories apparaissant comme totalement irréconciliables, nous pouvons considérer désormais que, sauf déconnage absolu autant qu’improbable de la soi-disant « Droite »(un peu comme en 97), nous en prendrons pour dix ans de Fillon… et après ce sera la Charia!
Ce sont arbis que vent emporte…
La Gauche est morte!
Je ne suis pas absolument certain que cette sorte de probabilité à long terme incite à un optimisme béat mais en tout cas la perspective de dix ans de répit me semble toujours bonne à prendre. Et puis on ne sait jamais ce qui peut arriver… si par impossible notre futur Président décidait d’assumer courageusement la défense des gens qui l’auront élu, non? Courageusement… oui, c’est tout le problème. Sans doute ne manque-t-il pas de courage, le bonhomme, mais suffisamment? That is the question comme dirait Pénélope (non, pas la tapissière, la Première Galloise de France…mais non, pas France Gall, oh et puis zut!).
En tout cas, il est une qualité qu’il faut lui reconnaître : l’abnégation! Voilà un type, en effet, qui pendant cinq ans, sans rien dire ou presque, sans rien faire, pratiquement, s’est dégusté Sarko-Président, avec ses lubies, ses changements de cap, ses grosses colères, ses inconséquences, ses aventures amoureuses et celles, encore pires, avec Bernard-Henry Lévy, ses vacheries humiliantes, ses talonnettes, bref sa personnalité singulière, traumatisante voire toxique. Et il a tenu le coup, le mec, avec sa gueule sinistre de paria… Regardez le bien, maintenant il n’a plus du tout la même de tronche, il en deviendrait même presque souriant, presque sympathique. Il a battu son ex-tortionnaire à plate couture, que voulez vous, et à présent il va administrer à l’autre vieux schnock girondin une branlée homérique qui devrait rester dans les mémoires comme la plus grosse déculottée à vocation présidentielle depuis le 5 Mai 2002 (et encore ce coup-là les dés étaient ils pipés, Chirac ayant laissé croire qu’il était de droite) alors forcément il se sent relax, le Sarthois, à l’aise et décontracté. Et dans la perspective de sa très prochaine investiture comme candidat UMP (enfin je veux dire…ah oui Les Répumachins) il ne voit sans doute aucune raison de ne pas considérer l’avenir sous des auspices élyséens… de quoi retrouver un sacré paquet d’optimisme

Cela dit, ne trouvez vous pas étrange, cette faculté que possède à un si haut degré l’électeur de regarder, selon les circonstances, un vieux cheval de retour comme un homme neuf? Parce qu’enfin on le connaît depuis longtemps, ce garçon, et somme toute il n’a jamais rien prouvé. Alors, vous l’expliquez comment, vous, le phénomène?
Bon, moi je vais vous dire: il a manœuvré comme un chef! Au lieu de caresser dans le sens du poil comme tout politicard solliciteur de suffrages qui se respecte, il promet plutôt -sinon du sang et des larmes- des temps difficiles, le ratiboisage de la Fonction Publique, la retraite à soixante-cinq piges, deux point de TVA, bref un discours qu’on n’a pas entendu depuis Michel Debré! Et comme il fait sérieux, on le croit, on pense qu’il va redresser le pays, qu’il pourrait bien y arriver, en tout cas. Sans compter que pour draguer un électorat de vieux bourges, l’âge de la retraite pour les autres ça constitue un bon argument, diantre, on s’en fout, nous autres, depuis le temps qu’on la touche, pas vrai? Quant aux fonctionnaires, on s’en torche, de toute manière ils votent à gauche ces endoffés.
Le seul truc dans son programme dont il devrait se méfier, ça reste la Sécu: les déremboursements de médicaments, les franchises obligatoires, les réductions de prise en charge, tous ces machins-là ça fait peur aux vioques, même riches ils abhorrent…
Faudrait tout de même pas que ça lui fasse le coup de l’épée de Bolivar, à Fillon… ah non, excusez moi, en pareil cas on utilise de préférence celle de la Dame au Clebs… ah bon, Damoclès, vous êtes sûrs?

Allez, faut que je m’en aille voter, moi! S’agirait pas de laisser un Bolivar… je veux dire un boulevard, à notre copain Ali!

Amitiés à tous.

Et merde pour qui ne me lira pas.

NOURATIN

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.