19 novembre 2011

Je vous aime

Hier soir, je rentre chez moi, regarde mes mails, et trouve un message d'un monsieur qui me dit :
VJ, je vous lis depuis deux  ans, je n'ai jamais été déçu, je n'ai jamais rien dit, mais aujourd'hui, je veux vous le dire : je vous aime.
 
Vous aussi, parfois, souvent, me dites des choses comme ça, plus ou moins directes. Mais là, c'est franco de port.
 
Ça m'a toujours paru un gros mot, ces trois mots, jusqu'au jour où mon coeur s'est brisé puis empli d'un vent nouveau, d'une sève nouvelle. Maintenant encore, j'hésite à le dire, et quelle grossière erreur. Pourquoi hésiter ? Par peur d'être piégé (pour moi, c'est ça) ? 
 
On nous a appris à comprimer les élans du coeur. Dingue. Et l'amour, aujourd'hui pour bien des adolescents, c'est trois malabars en train de limer une poupée barbie. Redingue. 
 
L'une des raisons de la guerre de tous contre tous est là, dans cette espèce de pudeur grotesque qui voudrait qu'on n'exprime pas, qu'on refoule ces montées d'affection, de partage et de bonheur qui consistent à dire à l'autre comment on le voit : beau. Parce que, dès qu'on observe attentivement un humain derrière ses carcans, ses tics, sa mécanique : il est nécessairement beau.
 
L'autre est comme on le voit, et aussi comme il se voit à travers nous, c'est important. Si ce lecteur m'avait dit : je prends la plume pour vous dire que vous n'êtes qu'un étron puant, je me serais senti tout vilain et tout sale. De sa fenêtre grise, il aurait jeté de la boue sur le seuil de ma porte. Il aurait fallu que je m'en remette, que je lave tout à grande eau avant de retrouver un peu de vie.
 
C'est l'occupation préférée de bien des gens : salir le monde, salir le voisin. Diminuer l'autre, l'emmerder, lui souhaiter de crever. Les rues pleines de cadavres, d'amochés, de rancis. Pauvre con, minable, bon à rien fleurissent les bouches.
 
Merci donc à cet homme qui m'a fait cette surprenante déclaration. Ça me touche, ça m'ouvre, et la lumière entre un peu plus en moi. S'il n'avait rien dit, vous ne liriez pas ces mots. C'est le pouvoir de l'amour, et du courage de le dire.
 
Le monde changerait si au lieu de se jeter des insultes et des regards noirs et meurtriers, parce que ce connard sa gueule me revient pas ou cette pouf ou machin m'a pris ma place de parking, peu à peu les pousses vertes de l'amour se mettaient à pousser et à fendre le bitume des conventions.
 
J'apprends de vous, lectrices, lecteurs, et d'autres m'apprennent à considérer le monde autrement : moins agressif, moins pressé. Mille trucs à faire, mais ce soir vingt minutes pour parler avec l'électricien de sa femme, de la mienne, de sa vie, son gosse. De l'or impalpable qui vaut l'or volé de Goldmann Sachs. Avec sa retraite prévue de 1 100 € bruts dans deux ans, mon électricien n'est pas pauvre : il ne vole personne et rend volontiers service.
 
Que les humains détournent leur regard de l'hypnotiseur maléfique, de la voix du monde et de cet infect spectacle de la pirocratie (gouvernement des pires) est la seule vraie priorité, la seule voie possible pour qu'enfin ils se voient l'un l'autre, et se disent l'un l'autre : tu es beau, je t'aime.
 
C'est ici, sur ce blog, les blogs, dans la vie, le matin, en voiture, dans le train, au marché, qu'il faut renouer le lien de l'amitié, du respect et de l'amour, et dissoudre celui de la peur, et surtout de la peur de donner, et dire, et d'accepter de rompre les murs qui nous séparent.
 
D'un côté, les forces obscures nous enferment sans relâche dans la haine, le mépris et l'indifférence, au point qu'innombrables sont ceux qui eux-mêmes se haïssent, se méprisent et se font du mal. Qu'avons nous à y opposer, si chacun d'entre nous ne se laisse pas toucher par la lumière qui brille en l'autre, timidement et obscurément, et qui allume la nôtre, qui en allume d'autres, et ainsi de suite ?
 
C'est cette lumière qui doit transformer le monde, et y allumer un grand feu. Nulle autre.
 
Il est vital de créer, recréer un lien entre les gens, social, familial, inter générationnel, vital et urgent.
 
Faute de quoi nous serons sous peu une race dévastée et vaincue par la haine.
 
Et plus la pression deviendra forte, plus nous devrons évider, ouvrir et emplir notre coeur d'amour. Amour, amour. Ce n'est pas un mot creux, quand on commence à l'expérimenter. C'est actif. Plus nous serons enfouis et écrasés sous les décombres du monde qui s'écroule, plus nous aurons d'espace intérieur pour creuser de grandes cavernes pour des tribus dont la loi hors la loi de ce monde sera : respect, confiance et amour.
 
Plus la peur et le vacarme nous assailleront, et plus nous devrons apprendre que le plus précieux n'est pas l'or puant ni le pouvoir ni la conquête, mais la plus simple humanité, et son corollaire : la dignité. Que les singes d'en haut se roulent dans la boue ne nous concerne pas. Nous avons reçu des trésors à faire valoir, mettons-les en commun et faisons les fructifier.
 
Ce soir, je vous le déclare : je vous aime. Faites passer. C'est à nous, vous, moi, de commencer. Sinon personne ne commencera jamais.  

3 commentaires:

  1. Bonjour Paul,
    Certains mots sont lourds et tellement gros émotionellement (l'alter liste des gros mots) qu'ils ont du mal à sortir de la bouche ou ont du mal à passer à l'écrit pourtant, ce ne sont pas les actes qui manquent:
    Les actes de tendresse, les marques d'attention, partager les mêmes sentiments dans le moment, fréquenter régulièrement un site et y laisser un message gentil ou un mot aigre voire limite troll sont tous des marques d'amour.
    C'est grace au site de PDC que je connais ton site et c'est avec un grand plaisir que je suis journalièrement tes chroniques. J'apprecie aussi beaucoup les internautes qui laissent leur commentaires et qui ont un autre point de vue, apportant un autre éclairage sur une situation.
    Sachez toutes et tous que je vous aime aussi.
    Bon dimanche à tous
    ;)

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  2. Du coup ça me fait sourir. J'ai même une petite larme qui force la sortie des lacrymales.

    Pareil pour les réactions des lecteurs.

    C'est là que je me rends compte à quel point le poids sur mes épaules est lourd. A quel point c'est la guerre avec les autres, parce que la peur les étreint.

    Et quand une personne arrive au milieu de tout ça, en plein lâché-prise, et que son cœur parle comme mis a nu, dans la réalité de cette amour que nous avons oublié, et bien cela désarme. Et l'on se sent léger. Un de plus qui prends le chemin du retour au bercail. Vive le nouveau né!

    Comme un arrière goût de paradis perdu. Mais l'histoire n'est pas finie, et l'erreur est encore parmi nous. Beaucoup doivent s'aider eux-même pour franchir l'obstacle.

    Merci à tous ceux que l'intuition révélatrice à déjà réunis.

    Je ne me sens pas capable à l'instant de vous dire que je vous aime, mais dès que le sentirai je ne retiendrai pas.

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