07 mars 2024

L’épargne des Français : un potentiel non exploité

6000 milliards épargne totale

Les Français affichent une préférence pour l’épargne. Avec ou sans crise, ils aspirent à mettre de côté. Ils épargnent pour se prémunir contre les aléas de la vie, pour acquérir un logement, pour préparer leur retraite ou encore pour transmettre à leur descendance. Dans un pays où la protection sociale fait partie intégrante du modèle économique, cette aspiration à l’épargne interroge. D’autant que la période Covid et la crise énergétique ont amplifié cette tendance.

Les Français mettent en moyenne 15% de leur revenu disponible brut de côté. Pendant la période Covid, le taux d’épargne a même dépassé 25%, les ménages étant contraints dans leurs dépenses à cause des confinements. Cette manne mise de côté peut constituer un frein dans la mécanique économique. L’argent non consommé, qui reste sur des comptes bancaires, freine la capacité de reprise.  

En outre, la crise énergétique a incité les ménages à accroître leur bas de laine. Les Français font face à un niveau d’inflation inédit qui leur fait craindre le pire. N’ayant pour la plupart jamais connu une hausse des prix aussi élevée, les ménages ont perdu leurs repères, et ont préféré se constituer une épargne de précaution pour faire face à des lendemains incertains. 

Pour autant, la croissance  économique de 2023 dépendra de la capacité des Français à dépenser. Or, 2022 a marqué un tournant, car l’amélioration sur le marché du travail n’a pas apporté les effets positifs escomptés sur leur niveau de dépenses. Jusqu’à présent, la montée du chômage et les incertitudes croissantes sur l’emploi nourrissaient le pessimisme des ménages, qui par conséquent optaient pour un accroissement de leur épargne au détriment de leur consommation. Aujourd’hui, étant donné l’inflation élevée, les Français continuent de mettre de côté avec un taux d’épargne toujours en hausse, atteignant 16,7% de leur revenu disponible brut au troisième trimestre 2022. À croire que toutes les raisons sont bonnes pour épargner.

Néanmoins, les Français ne s’intéressent que très peu à leur épargne et n’ont pas pris conscience du pouvoir économique qu’elle représente. Rappelons que les réserves financières des ménages sont colossales. L’épargne totale des Français atteint près de 6 000 milliards d’euros (hors immobilier) – soit le double de la dette publique. Les deux tiers dorment sur des comptes bancaires, ou sont placés en épargne dite réglementée (assurance vie, livret d’épargne). C’est une épargne qui est peu rémunérée. Leur capacité à relancer la machine économique reste ignorée et très peu exploitée. 

Alors quels seraient les meilleurs choix possibles pour les ménages et pour l’économie française ? Quelle devrait être la part à consommer et, a contrario, quelle pourrait être la part à investir pour relancer l’économie ?

Reste que notre capacité d’épargne est très hétérogène. Une étude réalisée par le Conseil d’analyse économique (CAE) montre que les deux tiers de l’épargne pendant la période Covid a été constituée par les 20% des Français les plus aisés. Au-delà de la segmentation par niveaux de revenu, demeure la prégnance d'une opposition jeunes/seniors qui risque d’attiser les tensions intergénérationnelles. En clair, ce sont les plus âgés qui détiennent l'épargne mais ce sont les jeunes qui doivent financer la retraite de leurs aînés. 

Les inégalités intergénérationnelles se creusent. En cette période de réforme des retraites, de nouvelles solutions innovantes doivent émerger pour tenter de réconcilier les générations sur le pacte social. Par ailleurs, alors que ce sont les plus âgés qui disposent de l’épargne, ce sont les plus jeunes qui entrevoient les contours de notre société de demain grâce à leur capacité d’innovation et leur créativité. Un compromis constructif entre les liquidités des seniors et l’ingéniosité des plus jeunes à la recherche de financement devrait de même être exploré

  • L’épargne forcée de la période Covid, un nouveau pouvoir économique entre les mains des ménages  

  • Cartographie d’une France économe : entre prudence et inquiétudes  

  • Où les Français placent-ils leur épargne ?

  • Épargne : l’expression d’une France inégalitaire ?

  • L’épargne en soutien pour stimuler la consommation

  • L’épargne pour financer les projets de demain et pour repenser la solidarité intergénérationnelle

6000 milliards épargne totale

L’épargne forcée de la période Covid, un nouveau pouvoir économique entre les mains des ménages 

Pendant la crise sanitaire, l’État a préservé les niveaux de revenu à travers la prise en charge du chômage partiel, le maintien des salaires dans la fonction publique, ainsi que le montant des retraites. Le secteur privé a pu, de son côté, verser les salaires de tous les collaborateurs en télétravail. Les mesures prises dans l’urgence visaient à garantir le niveau de vie de la majorité des Français pour leur permettre, au moment du déconfinement, de relancer la croissance par leur consommation. 

En théorie, c’est un bon calcul. Mais en pratique, la fermeture pendant les confinements de l’ensemble des enseignes, hormis les commerces jugés essentiels comme l’alimentaire, a débouché sur la formation d’une épargne forcée, qui s’est transformée en épargne de précaution au moment de la réouverture des commerces. Les incertitudes qui prévalaient sur la capacité à endiguer l’épidémie et des risques de chômage accrus ont incité les ménages à la prudence. Pour autant, on a vu qu’au moment de la réouverture des commerces, l’activité a repris à vive allure, assurant le rebond de la croissance et le maintien des effectifs dans les entreprises. 

En fin de compte, les Français ont peu puisé dans l’argent mis de côté pendant la pandémie et, leurs emplois ayant été en grande majorité maintenus, ont pu compter sur leur rémunération pour garantir leurs dépenses. Ainsi, selon la Banque de France, les ménages se sont constitué un surplus d’épargne de 175 milliards d‘euros entre le premier trimestre 2020 et le quatrième trimestre 2021. Les deux tiers de cette manne ont été réalisés durant les mois de confinement (mars, avril, mai et novembre 2020). Une moindre accumulation s’est ensuite poursuivie en 2021. 

Alors que les ménages se constituaient un bas de laine conséquent, l'État s’est endetté, laissant filer le déficit public, qui a atteint un niveau record à 11% du PIB en 2020. La dette publique est passée de 98% avant la crise Covid à 112% du PIB aujourd’hui. Ainsi, il y a eu en quelque sorte un transfert de l’argent public vers les agents privés, qui se sont constitués une épargne forcée pendant les confinements.

175 milliards d'euro

Rappelons que le retour à l’équilibre budgétaire constamment annoncé est pourtant invariablement repoussé. Autour de 5% en 2023, le déficit public sera une nouvelle fois au-dessus du critère du Pacte de stabilité. Le risque que l’État soit incité à puiser dans l’épargne des ménages pour atténuer les déséquilibres budgétaires ne peut être écarté. Certains évoquent la nécessité de taxer ces liquidités pour rembourser une partie de la dette française ou pour qu’elles soient redistribuées.

Néanmoins, l’overdose fiscale, exprimée notamment au travers du mouvement des gilets jaunes, et les engagements pris par Emmanuel Macron en matière de fiscalité laissent pour l’instant cette issue peu probable. L’épargne sera « épargnée » d’éventuelles nouvelles pressions fiscales à moyen terme. 

Le plus important à comprendre est que, face à la crise sanitaire, l'État a transféré, par ses mesures de soutien, un nouveau pouvoir économique entre les mains des ménages. En effet, il y a eu un basculement du pouvoir décisionnaire : l’État endetté a de moins en moins de marges de manœuvre pour financer l’économie de demain alors que les épargnants se sont constitué une manne au fort potentiel pour relancer l’économie ou pour financer les secteurs d’avenir. 

Cartographie d’une France économe : entre prudence et inquiétudes

Les Français sont devancés par les Allemands dans leur capacité d’épargne mais restent très économes par rapport aux autres puissances occidentales. En effet, les Américains et les Britanniques disposent d’un taux d’épargne bien inférieur (autour de 10% de leur revenu disponible brut), hormis en période de confinement, quand la consommation était limitée.

Taux d'épargne en france

Taux d'épargne en france 2008 - 2021

Il faut à ce stade distinguer l’épargne du patrimoine. 

  • L’épargne est un résidu, la partie du revenu qui n’est pas consommée. En d’autres termes, c’est ce qui reste quand toutes les dépenses contraintes ou volontaires ont été réalisées. Il s’agit donc d’un flux.

  • Le patrimoine est un stock. Chaque agent économique peut se constituer un patrimoine financier (détention d’un portefeuille d‘actifs tels que les actions ou les produits de taux) et/ou disposer d’un patrimoine immobilier. Les Français aiment la pierre et aspirent à devenir propriétaires au cours de leur vie active. À titre de comparaison, l’Allemagne a le plus fort pourcentage de locataires du secteur privé de l’Union européenne (55%). 

D’après les estimations de l’INSEE, le taux d’épargne des ménages français devrait de nouveau progresser pour atteindre 17,8% du RDB au dernier trimestre 2022. En parallèle, la consommation privée diminuerait de 0,7%. En cette période de forte inflation, au moment où le pouvoir d’achat devient la première préoccupation des ménages, reste à comprendre comment et pourquoi cette épargne gonfle au niveau national.

Taux d’épargne (% du RDB) des ménages et consommation (T/T) en 2022

Taux d’épargne (% du RDB) des ménages et consommation (T/T) en 2022

Comment en effet expliquer la capacité des ménages à mettre de l’argent de côté alors qu’ils considèrent précisément que leur niveau de vie se dégrade ? Les Français font face à une inflation qui n’a jamais atteint des niveaux aussi élevés depuis 35 ans. Ainsi, par manque de repères et par crainte pour leur avenir dans un environnement inédit, la constitution d’une épargne de précaution semble être la solution pour se protéger contre l’incertitude. Le modèle de protection sociale tel qu’il a été mis en place à l’après-guerre ne constitue plus le pare-feu nécessaire à leur sécurité financière. 

Cette épargne de précaution peut être de même analysée suivant le théorème d’équivalence ricardienne. Ainsi, les anticipations des agents rationnels peuvent neutraliser les effets escomptés des mesures de soutien. En effet, face à l’envolée des dépenses publiques pendant la pandémie et la crise énergétique, les consommateurs peuvent considérer que les déficits publics actuels sont les impôts de demain. Dans ce cas, ces derniers vont moins dépenser pour épargner dans la perspective de la hausse probable de la pression fiscale. 

Où les Français placent-ils leur épargne ?

L’épargne financière se scinde en deux catégories. 

  • D’un côté, les produits de taux, où l’on retrouve les dépôts bancaires, l’épargne réglementée (Livret A, livrets bleus, PEL, livrets jeunes, etc.), mais aussi l’assurance-vie en euros. C’est une épargne en général peu rémunérée mais qui a l’avantage d’être liquide et peu risquée. Son encours au deuxième trimestre 2022 atteint 3 600 milliards d’euros. Les Français plébiscitent principalement les dépôts à vue, c’est-à-dire leurs comptes courants non rémunérés, l’épargne réglementée avec en tête de liste le livret A, et ensuite l’assurance-vie en euros, qui demeure leur placement favori avec un encours de près de 1 500 milliards d’euros. 
  • De l’autre côté, on retrouve les produits de fonds propres, avec notamment les actions cotées et non cotées. C’est un segment plus risqué que le marché de taux mais dont la rémunération peut être plus élevée. L’encours global atteint 2 000 milliards d’euros, tiré à la fois par les actions non cotées, où se logent notamment les plans d‘épargne entreprise (PEE) et l’assurance vie en unités de compte (UC), et par l’épargne retraite.

En cours

2ème trimestre 2022

Principaux placements financiers

5726,6

Produits de taux

3618,6

Numéraire et dépôts à vue

810,7

Dépôts bancaires rémunérés

1182,8

Epargne réglementée (1)

848,8

Autre épargne (2)

334,0

OPC monétaires

3,9

Assurance-vie et épargne retraite en euros (3)

1492,4

Titres de créance détenus directement

35,3

Titres de créance détenus indirectement (OPC)

93,5

Produits de fonds propres

2030,9

Actions cotées

307,4

Actions non cotées et autres participations

1147,9

Assurance-vie et épargne retraite en UC (3)

448,1

Actions détenues indirectement (OPC)

127,5

Autres (4) 

77,1

Dont fonds immobiliers (5)

33,9

(1) Livrets A, bleus, LEP, PEP, CEL, livrets jeunes
(2) Comptes à terme et livrets ordinaires
(3) Nette des prestations
(4) Essentiellement fonds non-résidents et fonds immobiliers
(5) Seulement les actifs immobiliers, ne sont pas incluses les détentions indirectes de fonds immobiliers par les ménages via les contrats d’assurance-vie (de l’ordre de 30 Mds €), chiffres provisoires
Source : Banque de France

On voit sur le graphique ci-dessus que la période Covid a amplifié la capacité d’épargne financière des ménages. Cette épargne s’est orientée majoritairement sur les produits de taux mais on observe un regain d’appétit pour le risque, avec un nouvel engouement pour les produits de fonds propres. Même si 2020 a marqué un pic de l’épargne, il demeure que les ménages ont conservé leur appétence pour la constitution d’un bas de laine depuis.

évolution de l'épargne des français

évolution de l'épargne des français

Épargne : l’expression d’une France inégalitaire ?

La propension à l’épargne dépend du niveau de revenu de chaque individu. Selon les chiffres de l’INSEE, les 20% de Français les plus riches mettent en moyenne 28% de leur revenu disponible brut de côté, soit un montant moyen annuel de près de 16 000 euros. À l’opposé, les 20% de Français les plus modestes enregistrent un taux d’épargne de 3% de leur RDB, soit 350 euros annuels. 

Taux et montant de l'épargne en france

Taux et montant de l'épargne en france

La capacité d’épargne est également corrélée à l’âge. Les seniors à la retraite ont le taux d’épargne le plus élevé. Ils sont à plus de 70% propriétaires de leur logement et leur propension à la consommation demeure plus faible que celle des actifs. Leur taux d’épargne atteint 25% de leur revenu. Les moins de 40 ans ont, a contrario, une capacité d’épargne inférieure à 10%.

Taux d’épargne en France par tranches d’âge

Age

Taux d’épargne

Moins de 30 ans

8%

30-39 ans

9%

40-49 ans

11%

50-59 ans

18%

60-69 ans

18%

70 ans et plus

25%

Source : INSEE, données 2017, données pour une personne seule

L’épargne en soutien pour stimuler la consommation

Au moment où la croissance patine, revenons sur le potentiel de relance de cette épargne si celle-ci est réinjectée dans l’économie réelle. Nous savons que des liquidités qui stagnent sur des comptes bancaires non rémunérés, ou très peu, pèsent sur la capacité de rebond. Alors quelle devrait être la part de l’épargne à consommer pour assurer une croissance plus élevée ? 

Prenons l’exemple américain, qui illustre bien la capacité de la consommation à relancer la machine. Le Président Joe Biden a poursuivi dès son arrivée à la Maison-Blanche la politique de relance économique initiée par Donald Trump au moment de la pandémie, et a injecté dans l’économie près de 2 000 milliards de dollars à travers divers plans de soutien. Des chèques (en moyenne 1 400 dollars) ont été distribués à des millions de ménages pour soutenir leurs dépenses. Les Américains, confiants dans leur avenir, se sont mis à consommer davantage et ont ainsi soutenu la reprise économique. 

Mais, pour reprendre un adage chinois, « où il y a un avantage, il y a nécessairement un inconvénient ». En d’autres termes, un excès de confiance associé à un surplus de liquidités peut générer une trop forte inflation. C’est ce qui s’est produit aux États-Unis. Pour juguler cette hausse inquiétante des prix, la Banque centrale américaine a dû mener dès mars 2022 une politique monétaire restrictive avec le relèvement de ses taux d’intérêt (taux directeurs à 4,5%). Néanmoins, l’argent public a bien été réorienté par les ménages dans la sphère réelle et donc a soutenu la croissance.

"En économie, beaucoup dépend du niveau de confiance. Or, le moral des ménages en France est au plus bas."

En économie, beaucoup dépend du niveau de confiance. Or, le moral des ménages en France est, a contrario, au plus bas. Les derniers chiffres de l’INSEE confirment la poursuite d’une confiance dégradée en janvier 2023.

Indicateur synthétique de confiance

Indicateur synthétique de confiance

La crise énergétique, le conflit en Ukraine et les tensions sociales déclenchées notamment par la réforme des retraites sont autant de paramètres qui risquent de braquer les ménages et les inciter à épargner davantage. Les chiffres du dernier trimestre 2022 confirment l’atonie des dépenses privées. La consommation des ménages a reculé de 0.9%. L’enjeu pour 2023 serait alors de redonner le moral aux ménages pour les inciter à puiser dans leur bas de laine. Ainsi, en cette période inflationniste, certaines pistes pourraient être étudiées, notamment avec le déblocage anticipé de l’épargne salariale sur une période donnée avec un montant plafonné. Cette mesure incitative permettrait aux salariés de disposer d’une partie de leur épargne et ainsi d’être moins contraints dans leurs dépenses.

Aujourd’hui, l’encours de l’épargne salariale (incluant l’intéressement et la participation) atteint plus de 150 milliards d’euros. Cette épargne permet aux salariés de se constituer un capital tout en profitant d’une fiscalité avantageuse. Les sommes reçues sont soumises aux contributions sociales (CSG, CRDS). Elles sont également soumises à l'impôt sur le revenu, sauf si elles sont placées sur un plan d’épargne salariale. Cette épargne peut être débloquée de façon anticipée sous certaines conditions (mariage/divorce, naissance, décès/invalidité, acquisition/remise en état/agrandissement d'une résidence principale, création d'entreprise, etc.). 

Les conditions de déblocage de l’épargne salariale ont déjà évolué par le passé et ont été révisées pour mieux tenir compte des aléas de la vie. C’est pourquoi, il serait peut-être opportun d’envisager temporairement et partiellement de permettre aux salariés de débloquer par anticipation (sans fiscalité) une partie de cette épargne pour faire face à cette phase inflationniste qui pèse sur leur pouvoir d’achat. 

Il pourrait en être de même pour l’assurance-vie, dont les intérêts sont taxables en cas de rachat. La fiscalité de ce placement est variable et dépend notamment de l’âge du contrat et de la date du versement. Ainsi, à l’instar des allègements qui pourraient être accordés à l’épargne salariale, un assouplissement temporaire de la pression fiscale pourrait être envisagé aussi sur l’assurance-vie, qui recueille les encours les plus élevés (1 500 milliards d’euros). 

L’épargne pour financer les projets de demain et pour repenser la solidarité intergénérationnelle 

La crise sanitaire a exacerbé les déséquilibres de notre économie et sa trop forte dépendance vis-à-vis des pays tiers. Aujourd’hui, la souveraineté économique et la transition écologique sont devenues les deux enjeux majeurs. Près de 70 milliards d’euros d’investissements privés manquent à l’appel pour accompagner la réindustrialisation de la France. Dans ce contexte, l’épargne accumulée pourrait venir en soutien pour financer ces projets et nous rendre ainsi plus autonomes vis-à-vis du reste du monde.

Les ménages ne prennent pas en compte le potentiel que constitue leur épargne pour faire face aux défis industriels et écologiques de la France. Le pouvoir économique des liquidités accumulées est pour l’instant ignoré et peu exploité. Le manque de pédagogie et d’enseignement en économie constitue en France un handicap à la compréhension des mécanismes économiques et financiers. Ces failles dans la formation freinent la compréhension globale du potentiel de croissance entre les mains des épargnants. Pourtant, les ménages ont collectivement un poids financier non négligeable pour faire face aux défis économiques de demain.

“Il convient d’innover pour créer les supports capables d’attirer l’épargne des ménages pour financer les projets d’investissement.”

Mais, au-delà de la nécessité de former et d’offrir la pédagogie nécessaire pour se familiariser avec la mécanique économique, il convient d’innover pour créer les supports capables d’attirer l’épargne des ménages pour financer les projets d’investissement. 

Certaines solutions ont déjà émergé mais peinent à s’imposer. 

“Un compromis constructif entre les liquidités des seniors et l’ingéniosité des plus jeunes à la recherche de financement devrait être exploré.”

Enfin, comme nous l'avons vu, la propension à épargner est notamment corrélée à l’âge. Mais, si les plus âgés disposent de l’épargne, ce sont, a contrario, les plus jeunes qui entrevoient les contours de notre société de demain et seront en mesure de la faire advenir grâce à leur capacité d’innovation et à leur créativité. 

Un compromis constructif entre les liquidités des seniors et l’ingéniosité des plus jeunes à la recherche de financement devrait être exploré. En outre, en cette période de réforme des retraites, de nouvelles solutions doivent émerger pour tenter de réconcilier les générations sur le pacte social. Il serait peut-être opportun de créer des supports de placements capables de repenser la solidarité intergénérationnelle. Les aînés pourraient ainsi, par leur épargne, financer les projets innovants de la jeune génération. 

Par Stéphanie Villers, Conseillère économique, PwC France et Maghreb

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