06 avril 2023

Après les syndicats, l’Université le lâche: Pierre Rosanvallon étrille Macron


Dans un réquisitoire implacable intellectuellement, Pierre Rosanvallon, l’un des piliers du cercle de la raison universitaire, a donné, lundi 3 avril, un entretien à Libération insuffisamment remarqué. La charge est intéressante à plusieurs titres: a priori, beaucoup aurait dû inciter l’auteur, à ménager Emmanuel Macron. Après tout, ce pilier de la deuxième gauche, co-fondateur de la Fondation Saint-Simon, n’a-t-il pas été un des hommes les plus influents pour convertir la gauche au néo-libéralisme des années 1980? En réalité, Rosanvallon nous explique que Macron ne se rattache en fait à aucun courant de pensée parce qu’il n’a aucun enracinement historique! Et l’ancien professeur au Collège de France, d’ajouter que c’est le manque d’attaches qui rend Macron particulièrement dangereux pour la démocratie.

 

Je dois dire que, lorsque j’ai ouvert Libération (si, si, dans la version papier, ça avait un effet comiquement vintage), un journal que je n’ai pas feuilleté depuis…très longtemps, j’avais bien des pensées moqueuses: « Il est bien temps! »; « Qui avez-vous voté au second tour en 2022? » etc….

Pourtant, en lisant cette charge, je n’ai pas boudé mon plaisir. 

La férocité de l’intellectuel raisonnable

« Rarement un projet de réforme gouvernementale aura été aussi mal préparé et envisagé sur un mode aussi technocratique et idéologique, alors qu’il y a une discussion complexe et argumentée à mener… »

« S’ils sont très différents dans leurs formes [le mouvement des Gilets Jaunes et celui contre la réforme des retraites] partagent un même constat social, celui d’un pouvoir technocratique qui édicte des règles d’en haut sur la base d’une vision purement statistique et globale. (…) Les Gilets Jaunes comme les opposants à la réforme des retraites cherchent à rendre visible dans le débat public la réalité de conditions vécues ».

A propos de la formule de Macron sur « la foule » et « le peuple », on a cette réponse dont le Président ne se remettra pas devant la postérité: « Si elle avait été prononcée par un étudiant en histoire ou en sciences politiques, celui-ci n’aurait probablement pas eu une bonne note. Le professeur lui aurait expliqué qu’il n’a pas compris ce à quoi renvoie le terme de peuple ». Dire qu’Emmanuel Macron, avant que la supercherie soit éventée, avait laissé écrire sur sa page Wikipedia, qu’il était normalien….Et qu’il s’est fait passé longtemps pour un disciple de Paul Ricoeur, alors qu’il avait juste relu les épreuves d’un manuscrit du philosophe….Il n’est jamais trop tard pour démasquer un imposteur….

Le plus intéressant de l’entretien vient quand l’historien parle de la crise de la démocratie: « Émile Durkheim disait que la démocratie ne s’exerce que s’il y a une forme de « communion » entre le pouvoir et la société. Or, ce qui est patent dans le cas de la réforme des retraites, c’est qu’Emmanuel Macron se barricade dans le château fort de sa position statutaire. Quand le divorce devient trop grand entre ces deux légitimités, on entre dans une crise profonde ».

Et l’auteur d’ajouter que la crise ne peut se résoudre que par…le suffrage universel. « Le président de la République a lui en permanence des outils en main pour sortir d’une crise: la dissolution du Parlement, le renvoi du gouvernement et la convocation du référendum. En son temps, le Général de Gaulle les a tous utilisés. Cette capacité de trancher les crises suppose que le chef de l’État ait conscience de sa responsabilité.

Or le grand problème d’Emmanuel Macron est qu’il n’a qu’une expérience sociale et politique limitée, étant passé directement de l’ombre à Élysée. Il y a chez lui une arrogance nourrie d’ignorance sociale et de méconnaissance de l’histoire des démocraties. Il est certain que dans l’optique d’une refonte des institutions, le comportement du chef de l’État pose la question de la mise en œuvre constitutionnelle d’autres moyens de résolutions des crises, qui partent d’en bas. Le référendum d’initiative partagée n’en est qu’une modalité trop modeste ».

Plutôt que de subir une longue agonie, Macron devrait remettre son mandat en jeu

Les signaux – qui ne sont plus faibles – se multiplient. Emmanuel Macron est en train de perdre tout ce qui qui lui permettait d’être élu au second tour : la gauche du « tout sauf Marine Le Pen » (au passage, remarquons que Rosanvallon ne peut pas s’empêcher de tomber dans le cliché du « populisme d’extrême droite » – on ne se refait jamais complètement). Les syndicats, la gauche, et maintenant le monde intellectuel.

En réalité, la charge de Pierre Rosanvallon est terrible pour le locataire de l’Élysée, dans la mesure où il s’agit d’un homme qui a puissamment contribué à forger ce « cercle de la raison » sur lequel a reposé la politique mitterrandienne et post-mitterrandienne. Cela veut dire que Macron commence à être attaqué dans son noyau de premier tour, ce socle de 23-25% de votants qui lui sont restés fidèles jusqu’à maintenant. Aveugles à ce qu’il était et donc essentiels pour maintenir cette illusion qu’un Rosanvallon dissipe.

Au Courrier des Stratèges, nous dénonçons l’imposture macronienne depuis l’origine. Mais nous ne refusons pas les ouvriers de la onzième heure! Il n’y a qu’une priorité politique actuellement: que le Président remette son mandat présidentiel en jeu. On ne gouverne pas contre les Français. 

Source : https://lecourrierdesstrateges.fr/2023/04/06/apres-les-syndicats-luniversite-le-lache-pierre-rosanvallon-etrille-macron/

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