10 octobre 2022

L’économie est de l’énergie transformée

Le lecteur diligent aura remarqué que j’utilise fréquemment la formule « l’économie est de l’énergie transformée «, pour asséner mes vérités sur la marche du monde à venir.

Mais je viens de me rendre que je n’avais jamais prouvé ce qui pour moi était une évidence.

Et donc, dans l’article de cette semaine, je vais essayer de démontrer les relations qui unissent l’économie, les marchés financiers et l’énergie, ce qui ne va pas être facile. Il va falloir que le lecteur s’accroche.

Comme d’habitude, je vais utiliser des graphiques, dont voici le premier.

Explications

La ligne rouge (échelle de gauche) est le ratio entre l’indice boursier américain ( S&P ) et le cours d’un baril de pétrole West Texas Intermediary ou WTI base 100 en 1940 , date à laquelle le monde actuel commence.

  • Si la ligne rouge monte, cela veut dire que la valeur créée par les sociétés américaines cotées est plus élevée que le cout de l’énergie qu’elles ont employée (le pétrole). Une fois n’est pas coutume et pour parler comme un économiste, dans ces périodes,  la valeur marginale créée par les sociétés US est supérieure aux dépenses énergétiques marginales qu’elles ont dû faire pour produire ces biens ou ces services et donc le cours des actions monte plus vite que le prix du pétrole.
  • Si la ligne rouge baisse, cela veut dire que les nouvelles valeurs créées ne couvrent pas leur coût énergétique , ce qui semble indiquer que l’économie va aller mal . Et cette réalité est confortée par le fait que chaque fois, ou presque, que la ligne rouge baisse nous avons une récession aux USA, marquée par un hachurage vertical gris.

Allons un peu plus loin.

La ligne rouge a tendance à monter structurellement comme le graphique l’indique.

Les baisses de la ligne rouge peuvent être donc temporaires, dans une tendance haussière (de 1980 à 2000 par exemple) ou, alternativement, se produire dans une tendance structurellement baissière (1970 à 1980) et , dans le second cas, cela voudrait dire que nous sommes dans une pénurie d’énergie structurellement déficitaire.

Et la différence est énorme pour les marchés financiers, ce qui m’amène à la ligne noire qui n’est autre que le multiple cours bénéfice pour le marché américain (échelle de droite).

Explications (à nouveau) sur ce qu’est le multiple cours bénéfice (PE ratio en anglais). Il est d’usage « financier » de diviser le prix en bourse d’une action d’une société par les bénéfices réalisés par la même société, pour déterminer si ce prix est élevé ou pas. Plus le multiple est élevé, plus l’action est chère, et inversement.  Ce calcul apparait pour l’ensemble du marché américain depuis 1940 et c’est la ligne noire.

Quelques remarques s’imposent

  1. Ce ratio est tres volatil, passant de 10 à 20, puis tombant à …4 avant de remonter à 43, pour retomber à 14 avant de remonter à 38 …
  2. La question est donc, mais pourquoi ce multiple qui devrait être relativement stable est-il aussi volatil ?

Et la réponse est donnée …par la ligne rouge, et la voici : Tant que les sociétés réussissent à transformer de façon profitable de l’énergie en produits et services, c’est-à-dire tant que la ligne rouge monte , le multiple cours bénéfice monte.

Quand elles n’y arrivent plus, la ligne rouge baisse, le taux de croissance de l’économie baisse aussi avec les bénéfices futurs et la bourse se casse la figure et avec la baisse de la croissance à venir, le multiple cours bénéfice s’effondre.

Et pour parler en battant le rappel des grands économistes du passé : depuis trois siècles environ , nous avons une lutte constante entre l’invention Schumpetérienne et ce que j’appelle la contrainte Malthusienne. Quand Schumpeter l’emporte, les multiples montent et l’inverse se produit quand la contrainte Malthusienne se présente à nouveau.

Nous vivons dans un monde où, à l’instant « t », il y a un montant fini d’énergie à utiliser.

Ce que disait Malthus était simple : comme la population se développe en progression géométrique et la production agricole en progression arithmétique , à un moment ou à un autre, il y aura pénurie et donc famine et ces famines ramèneront les choses à l’équilibre.

C’est exactement le raisonnement des verts aujourd’hui. Et leur solution est toujours la même : la disparition de l’espèce humaine, le ticket de rationnement administré (par eux bien entendu), en attendant cette fin heureuse, et le camp de concentration pour les réticents.

Ce n’est pas qu’ils aiment la nature, la réalité est qu’ils détestent l’humanité, ce qui n’est pas la même chose.

Heureusement, Schumpeter , comme Zorro, est arrivé et nous a expliqué que la pénurie et les prix élevés pour l’énergie ou la nourriture stimulaient l’invention et que de l’invention viendrait le salut, ce qui s’est produit à chaque fois.

Ma thèse, comme le lecteur le sait est que nous sommes rentrés à nouveau dans une période Malthusienne, où l’énergie est à un prix tellement élevé qu’il est quasiment certain que la ligne rouge va continuer à baisser et que la ligne noire suivra, et donc qu’il va être difficile de gagner de l’argent dans le futur dans les consommateurs d’énergie, mais peut-être pas si difficile d’en gagner dans les producteurs d’énergie, si on leur fout la paix.

Prenons quelques exemples en acceptant le dictat de ne pas émettre de CO2

  • Le charbon ; Il y a du charbon à ne savoir qu’en foutre dans le monde. Peut-être est il possible de faire des centrales à charbon qui utiliseraient une partie de l’énergie qu’elles produiraient à enfouir le carbone ? Techniquement, nous devrions y arriver si nous pouvons aller sur Mars.
  • Le nucléaire. Nous avons des déchets nucléaires considérables enfouis dans l’est de la France. Apparemment il existe déjà une technologie qui transformerait ces déchets en une autre forme d’uranium qui pourrait être utilisé dans de nouvelles centrales nucléaires (à bâtir, mais ça, on sait faire) et ces déchets nous donneraient vingt siècles d’autonomie énergétique.
  • D’ici-là, peut-être la fusion marchera-t-elle ?

En tout cas, il va falloir trouver quelque chose car nous sommes rentrés à nouveau dans une période de pénurie d’énergie, comme le montre le deuxième graphique.

La ligne noire, c’est le ratio S&P / WTI dot j’ai soustrait la tendance à long terme pour la « platifier » .

Comme le lecteur peut le voir, tous les trente ans environ, nous avons une crise énergétique : 1920, 1950, 1980, 2010 et peut-être 2040 ?

A chaque fois, nous nous en sommes sortis grâce à de nouvelles découvertes.

Quant à la ligne rouge, c’est simplement la ligne noire que j’ai avancé de quinze ans (la moitié du cycle) et inversé pour montrer ce qui nous attend dans le futur, si le cycle à trente ans se maintient.

Le prochain plus haut pour l’énergie et plus bas pour les consommateurs d’énergie devrait être donc atteint vers 2040.

A cette époque,  j’aurai 97 ans et vous préviendrai sans aucun doute le moment venu. Mais le lecteur peut adapter son portefeuille s’il se souvient qu’en 1980, les valeurs énergétiques cotées représentaient 30 pour cent du S&P alors qu’en 2020 elles représentaient simplement 3 pour cent du même S&P.

La meilleure façon de faire mieux que les indices en bourse, était donc, de 1970 à 1980, de n’avoir que des valeurs énergétiques ou que des valeurs représentant des sociétés capables de gagner de l’argent même si l’énergie était chère, pour ensuite passer, à partir de 1985 (effondrement des prix du pétrole) dans des sociétés qui bénéficiaient d’une énergie bon marché telles le lignes aériennes ou le tourisme international, et dont il fallait sortir en 2020.

Comme je ne cesse de l’écrire, nous sommes de retour dans les années 70, ce qui me rajeunit passablement. Il faut donc avoir des valeurs énergétiques.

Venons-en maintenant au sujet qui fâche : les énergies « vertes » seront-elles la solution ?

Ce n’est pas ce que croient les marchés, comme en fait foi mon dernier graphique qui montre l’évolution dans le monde des deux secteurs énergétiques, le secteur fossile et le secteur vert (source Indices MSCI, Macrobond).

Depuis 2009, les valeurs vertes ont fait deux fois moins bien que les valeurs fossiles et cela bien qu’elles soient monstrueusement subventionnées et que les institutionnels soient forcés de les acheter (ESG).

Voilà ce qui arrive quand on laisse les Malthusiens arriver au pouvoir.

Leurs actions créent les pénuries et les famines qu’ils ont annoncées, ce qui ne surprendra que ceux qui pensent que des idéologues sont capables de prendre des décisions pour le bien commun.

Nous sommes en plein triomphe de l’idéologie Malthusienne.

Conclusion

La classe actuellement au pouvoir dans les pays occidentaux, mais seulement dans les pays occidentaux, veut arriver à un gouvernement mondial et pour cela, ils ont besoin de créer la pénurie pour distribuer les tickets de rationnement aux plus obéissants.

Les autres pays ne voient pas très bien pourquoi ils devraient obéir aux élites au pouvoir dans les pays occidentaux, ce qui annonce bien des conflits dans le futur.

Entre les élites mondialisées et les socialistes « scientifiques » de ma jeunesse, il n’y a guère de différences.  Grattez un vert, et le rouge apparait.

L’hubris, la tentation de se prendre pour Dieu, amènent toujours au désastre et ceux qui nous en sortent ne sont jamais des politiques mais des inventeurs et des individus qui déploient leurs talents dans des systèmes libres et à taille humaines.

Nous nous en sommes éloignés mais la réalité va nous y ramener.

Et ce ne sera pas une mauvaise mais une bonne, très bonne nouvelle.

Charles Gave

Source

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