29 mars 2024

La guerre contre les civils russes a commencé

22 mars 2024, Moscou est frappée par un attentat de type Bataclan. Le bilan est lourd : plus de 140 morts et le double de blessés. Des terroristes tadjiks appartenant à l'État islamique Khorassan auraient revendiqué la boucherie dans lesquels des civils furent froidement exécutés à la Kalachnikov.

Un drame qui, loin d'entraîner la compassion de l'Occident, déchaîne son cynisme. Le tout dans un contexte géopolitique qui n'attend qu'une étincelle pour embraser le monde entier.

E&R garde la tête froide et fait le point.

Le contexte

Sur fond de contre-offensive ukro-otanesque en pleine déconfiture, la prise d'Avdiivka a marqué une montée de la tension de la part de l'Occident collectif. Les menaces de Macron d'envoyer des troupes régulières en Ukraine pour sauver Odessa de la débâcle ont été relayées en boucle, et avec grand enthousiasme, par le parti de la guerre, qu'il soit médiatique ou politique.

Le carnage à Gaza ne semble pas avoir de fin et Israël oblige le monde entier, non seulement à se rendre complice du génocide en cours, mais en plus il est quasi obligatoire de le soutenir. Et donc de fermer les yeux sur les souffrances insupportables du peuple palestinien chez lui, sur ses terres. C'est en tout cas une obligation pour toutes les forces politiques en France.

L'élection présidentielle en Russie fut un véritable plébiscite malgré les efforts coordonnés des Occidentaux pour gâcher, ou ternir, la victoire.

Plus il y a de victoires russes, plus le ton monte côté Occident. Et il semble maintenant évident que nos élites et dirigeants feront tout pour nous entraîner dans une guerre ouverte avec la Russie. Et pour cela, tout est permis. Toutes les provocations sont possibles. Tout, même le terrorisme ?

Les terroristes

Commençons par les terroristes. Des Tadjiks, d'une ancienne république musulmane de l'URSS. Ce pays, vestige de l'empire soviétique, intéresse l'Occident qui depuis plusieurs années emploie beaucoup de ressources pour le déstabiliser et l'arracher au giron de la Russie. Que ce soit l'Arménie (passée du côté US), la Géorgie, ou auparavant la Tchétchénie, bien d'autres républiques sont le terrain de chasse des agents de la CIA.

Onze arrestations ont été effectuées au total (4 terroristes et 7 complices) dans la région de Briansk, frontalière avec l'Ukraine et la Biélorussie. D'après les autorités russes, le commando devait rejoindre un contact en Ukraine et l'un des membres aurait fait un séjour dans l'armée ukrotanesque.

Les terroristes déclarent avoir reçu de l'argent - 500 000 roubles (soit environ 5 000 euros) — pour commettre cet attentat, correspondant à la moitié de la somme totale versée en guise d'acompte par un contact Telegram basé en Turquie. À première vue ce n'est pas le mode opératoire de Daech dont les militants rêvent de mourir en « martyrs » les armes à la main, n'étant pas motivés par l'argent. La vidéo de l'arrestation montre bien qu'il s'agit d'individus sans aucun fanatisme ni motivation politique. Ce sont des marionnettes utilisées et sacrifiées, pas des foudres de guerre préférant se faire sauter à la ceinture d'explosifs plutôt que de se faire prendre par des « kouffars ».

L'arrestation des terroristes en vidéo :


Les réactions

Lors de chaque événement similaire, il faut d'abord regarder les premières réactions à chaud. Alors même que personne ne sait exactement ce qu'il se passe, les éléments de langage avancés permettent d'y voir plus clair sur l'état d'esprit de chacun.

Tout d'abord, ce qui saute aux yeux, c'est cet empressement, cette insistance suspecte, à désigner un seul et unique coupable : l'État islamique. Et ce avant même le commencement du début d'une enquête. Alors même que l'attentat venait de se produire et que les cadavres étaient encore chauds. Le tout avec une attention particulière à disculper l'Ukraine.

D'ailleurs, la seule crainte des éditorialistes est que Poutine ne « se serve de cet attentat pour frapper l'Ukraine plus durement ». Élément de langage qui sera suivi par l'ensemble de la classe politico-médiatique française. Même frappés par le terrorisme islamiste honni, les Russes restent l'objet de toutes les détestations, les moqueries, et certains peinent à se retenir de se réjouir de ce malheur qui les frappent.

Du côté des « spécialistes » du djihadisme, on fait tout pour crédibiliser la revendication de l'EI. Même si ce groupe est connu pour revendiquer tout ce qui peut l'être, même quand ils n'ont rien à voir avec les événements en question.

Wassim Nasr : « Daech a maintes raisons de s'en prendre à la Russie », (guerre en Syrie, Tchétchénie).

Du côté des propagandistes, sans surprise, Xavier Tytelman blâme Poutine pour ce qui est arrivé : « Poutine est incapable de protéger sa population à cause de la guerre en Ukraine. »

Plus intéressante, moins émotionnelle, la réaction du Colonel Régis Chamagne sur RT :
« Ce que je peux faire, c'est recouper des indices, et voir si ces indices ont une cohérence, ou une incohérence entre eux. Le premier indice, c'est qui a condamné l'attentat dès qu'il a été commis ? Un certain nombre de pays ont immédiatement condamné l'attentat et d'autres non, ont condamné plus tard. »

Le deuxième indice, c'est que le Royaume-Uni et les USA avaient prévenu leurs citoyens. C'est un indice, mais qui n'est pas forcément très pertinent. La troisième observation, c'est que cet attentat a pris la forme d'une opération commando. Un groupe de cinq personnes, c'est typiquement un groupe commando, c'est un groupe d'action. Il semble que cette opération soit une opération de combat. Si c'est une opération de combat, il est probable qu'elle s'inscrive dans le cadre que mène l'OTAN contre la Russie.

Ma conclusion serait que si c'est le cas, si c'est du terrorisme militaire dans le cadre d'une opération de guerre entre l'OTAN et la Russie, c'est un très mauvais signe pour l'OTAN, car le terrorisme est un mode d'action du faible au fort. Si jamais cet attentat est piloté par l'OTAN dans le cadre de la guerre contre la Russie, ce serait l'indice que L'OTAN sait qu'il a perdu et se positionne dans une posture du faible au fort. »
Du côté des ennemis de l'Occident, il n'y a aucune ambiguïté, le Hamas, les Houtis et les Talibans ont condamné l'attentat.

Jacques Baud, ancien de l'OTAN et du renseignement suisse, apporte un éclairage plus nuancé :
« Tous les attentats de l'EI, tous, ont été motivés par une et seule chose, et ça se lit dans les revendications, d'ailleurs ce que l'on ne voit pas dans cette revendication ce qui est intéressant, toutes les revendications indiquent que la raison de l'attentat est lié aux interventions occidentales ; et c'est une constante de l'État islamique. [...]

Beaucoup de détails indiquent qu'il ne s'agit pas d'une revendication authentique. Ce n'est pas l'EI qui revendique, ils ne font que reporter une information qu'ils ont reçue de l'extérieur. [...]

L'Europe essaie de pousser la Russie dans une situation qui s'aggrave, ce qui justifierait une intervention dans la région. On essaie de pousser d'une certaine manière la Russie à la faute. »
Bug dans la matrice néo-identitaire

Le média judéo-droitiste Boulevard Voltaire de son côté est tiraillé entre sa haine viscérale de l'islam et celle de Poutine, le tout avec un petit cirage de pompes de notre cher président : « La Russie est un adversaire [Emmanuel Macron, lui-même, ne dit pas autre chose], le terrorisme islamique est un ennemi. »

Au fond, on comprend bien en lisant l'article que le problème reste encore et avant tout : le méchant Poutine. Qui est déjà présumé coupable de vouloir profiter de l'attentat contre l'Ukraine. Plus étonnant, le média en ligne de la droite molle néo-mondialiste s'insurge contre le traitement réservé aux terroristes par le FSB.

« Brutalité », « surenchère de la barbarie », les mots ne sont pas assez forts pour blâmer le Russe honni. Étonnant de la part de ceux qui s'extasient silencieusement devant la brutalité israélienne à Gaza. Et là, on ne parle pas de quelques mandales dans la bouche de terroristes, mais de 30 000 morts, dont une immense majorité de civils. Le « deux poids, deux mesures » sont définitivement leur marque de fabrique.

Pour les néo-identitaires, qui soutiennent l'Ukraine comme un « rempart de la race blanche » contre la Russie asiatique et déjà quasi musulmane, le choc du réel est rude. Néanmoins, ils ne varient pas sur leur détestation de l'ours russe. Pourtant, ce n'était pas évident au départ pour ceux qui ont fait du terrorisme islamiste l'alpha et l'oméga de leur vision du monde. On s'attendait plutôt à les voir louer les méthodes antiterroristes de Poutine, les mêmes qu'ils appellent de leurs vœux. On aurait pu penser que les images de terroristes islamistes tirant à bout portant à l'arme de guerre sur des civils européens allaient leur tirer une larme d'indignation. Que nenni ! Pour la droite meloniste, Poutine est plus haïssable que l'État islamique.

Au fond, ils se révèlent avant tout pour ce qu'ils sont : systématiquement alignés sur les intérêts israélo-américains. Et c'est ça qui est le marqueur le plus important. Une girouette ne se soucie guère de la direction dans laquelle le vent la fait tourner. Néanmoins, beaucoup parmi les défenseurs de l'Occident collectif se réjouissent ouvertement de cet attentat qui frappe la Russie fort opportunément.

Quand les pro-ukrainiens virent pro-État islamique :


Victoria Nuland « menace » la Russie : Victoria Nuland le 22 février, prophétisait des malheurs à venir pour la Russie.
« Et comme je l'ai dit à Kiev il y a trois semaines, grâce à ce financement supplémentaire, Poutine aura un certain nombre de surprises très désagréables. »
Complotisme autorisé

Mieux, les chantres de l'anti-complotisme tombent dans le conspirationnisme le plus chimiquement pur. Ainsi, selon nos experts, Poutine aurait lui-même commandité cet attentat. C'est le complotisme autorisé estampillé « camp-du-Bien ». Pour cela, ils s'appuient sur un communiqué de l'ambassade US à ses ressortissants daté du 7 mars :
« L'ambassade surveille les informations selon lesquelles des extrémistes envisagent de cibler de grands rassemblements à Moscou, y compris des concerts, et il convient de conseiller aux citoyens américains d'éviter les grands rassemblements au cours des prochaines 48 heures. »
Sur les plateaux télés, c'est un festival de complotisme, autorisé celui-ci.


Lune de miel UKROTAN-ISIS : les précédents

On le sait au moins depuis Chauprade, les attentats terroristes sont presque exclusivement le fait des États. C'est une méthode communément admise pour se faire passer des messages sans déclarer de guerre ouverte. La création, la manipulation de groupes extrémistes est un classique des services de renseignement de tous les (grands) pays du monde. Au Moyen-Orient cela commence avec Lawrence d'Arabie qui utilise les wahhabites saoudiens afin de chasser l'Empire ottoman (principal obstacle à la création d'Israël). La lune de miel continue avec la création d'Al-Qaïda, toujours sous l'œil bienveillant de la CIA, afin de saigner l'URSS militairement et économiquement. On continue avec la famille ben Laden, amie de la famille Bush et pas inconnue des services occidentaux. En Syrie, « Al-Nosra fait du bon boulot », selon notre ministre des Affaires étrangères de l'époque, Laurent Fabius.

En effet, les liens entre Al-Nosra (le rebranding d'Al-Qaïda) et les intérêts américano-israéliens sont nombreux. À commencer par Bachar el-Assad, ennemi des USA, d'Israël et obstacle majeur à son agrandissement. Face à son régime nationaliste et laïc, les forces islamistes sont en première ligne pour commettre des atrocités sur des civils et des crimes de guerre sur les militaires. Mais comme Bachar c'est le camp du Mal, alors on ferme les yeux, voire, on soutient discrètement.

L'intervention russe viendra mettre un terme aux exactions des petits protégés de l'Occident et maintenir le régime légitime de Bachar el-Assad, empêchant la région entière de sombrer dans le chaos. Une défaite militaire et une humiliation que ne pardonnera jamais l'Occident à Poutine, accusé de mettre en danger le Nouvel Ordre mondial.

Le sol syrien devenu trop dangereux, les djihadistes sont recyclés en Libye où ils vont alimenter un autre chaos mondialiste, toujours actif à ce jour.

Depuis 2016, les séparatistes du Donbass alertaient sur la présence de combattants de Daech dans l'armée ukrainienne. En réponse, l'Occident a mobilisé ses « fact checkeurs » dont le seul argument est d'accuser systématiquement la propagande russe.

Combattant ukrainien portant le patch de Daech :


Djihadiste de Daech recyclée en Ukraine :


Ce n'est pas la première fois que l'OTAN organiserait des attentats en Europe pour mobiliser les opinions publiques en faveur d'une guerre contre la Russie (réseaux GLADIO).

Des précédents terroristes contre la Russie

Ce n'est pas la première fois que le terrorisme est utilisé contre la Russie depuis le début du conflit :
Daria Douguina tuée dans l'explosion d'une voiture piégée le 20 août 2022 ;
Vaden Tatarskii, blogueur russe tué dans un restaurant de Saint-Pétersbourg le 2 avril 2023 ;

Le sabotage de Nord Stream 1 et 2 le 23 septembre 2022 ;

2 mars 2023, attaque terroriste contre des civils à Briansk par des « néo-nazis » russes passés coté ukrainien.
Et Israël dans tout ça ?

Le petit coq reste en apparence silencieux et en dehors de ce conflit. Mais en apparence seulement. Il y a une haine tenace du judaïsme politique envers la Russie depuis les tsars. Punie par le judéo-bolchévisme, la Russie parvient à se relever sous Poutine et se permet même de ne pas signer un chèque en blanc au génocide en cours à Gaza. Ce qui est d'une outrecuidance absolue et un crime de lèse-majesté que ne pardonneront jamais les dirigeants israéliens.

Daech menace le Hamas !


Un ministre israélien menace la Russie : « Russia is going to pay the price. »

Conclusion

Si à l'heure actuelle, il est bien entendu impossible de trancher sur les responsabilités de l'attentat, on peut d'ores et déjà dire que cela importe peu. Les Russes étant persuadés que la tuerie est commanditée par l'OTAN et donc les États-Unis, la France, mais aussi l'Ukraine. Poutine n'a même pas évoqué l'État Islamique dans sa déclaration, c'est dire l'importance qu'il accorde à cette hypothèse.

La Russie qui avait fait preuve de modération jusqu'à présent risque de voir sa patience s'épuiser. Dans un tweet effacé, Dimitri Medvedev s'est fait l'écho de cette exaspération grandissante en parlant d'envoyer une bombe nucléaire sur Kiev. Nul doute que c'est là le but recherché : pousser l'ours russe à bout, afin qu'il craque et donne ainsi à l'Occident l'opportunité d'une intervention militaire. 

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