16 novembre 2023

Procès : comment la caste garantit sa propre impunité


L’impopularité du garde des Sceaux est forte. Dans l’opinion, il apparaît largement comme un mercenaire arriviste, sans foi et sans loi. Dans le procès qui le mène devant Cour de Justice de la République, où le Parquet requiert contre lui un an de prison avec sursis, Dupond-Moretti, quoi qu’on en pense, permet de faire l’anatomie de l’impunité que la caste s’accorde à elle-même, y compris lorsqu’elle viole allègrement les règles de la démocratie. On comprend mieux ce qui ne va pas dans ce pays. 

Résumons l’affaire, telle qu’on la comprend après le témoignage de Peimane Ghaleh-Marzban, magistrat anciennement détaché à la Direction des affaires criminelles et des grâces, puis chargé de mission du procureur général, puis secrétaire général du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), puis directeur des services judiciaires, puis Président du tribunal judiciaire de Bobigny. Ce haut fonctionnaire, qui a surtout fait carrière sous la gauche, est le pur produit de la caste : courtisan, petit marquis, c’est dans les états-majors qu’il a progressé, et non “sur le terrain”, en prouvant sa compétence opérationnelle.

Donc, en 2019, Ghaleh-Marzban est directeur des services judiciaires. Il est chargé de la discipline des magistrats. La ministre en poste est Nicole Belloubet, parfaite socialiste récupérée par Macron. Ghalez-Marzban apprend alors que la cheffe du Parquet National Financier créé par Hollande, Eliane Houlette, a commis une faute : elle a informé un ami marseillais qu’il allait subir une perquisition.

Saisi, le directeur des services judiciaires décide d’étouffer l’affaire pour ne pas nuire à l’image du Parquet Financier. Bien voyons…

On comprend donc que, être dans les petits papiers du pouvoir, ça aide pour se faire pardonner bien des maladresses.

En 2020, arrivé au pouvoir, Dupond-Moretti demande une enquête sur les magistrats du Parquet Financier qui ont illégalement épluché ses factures téléphoniques. Ni l’inspection des services, ni le Conseil Supérieur de la Magistrature ne proposeront de sanctions. En revanche, c’est désormais Dupond-Moretti qui siège comme accusé pour prise illégale d’intérêts.

Voilà comment les juges se protègent entre eux…

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