11 octobre 2023

Comment l’armée russe se réinvente dans la guerre face à l’Ukraine

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Moscou a rapidement appris de ses erreurs et a modifié ses tactiques pour mener une guerre d’usure implacable contre les troupes ukrainiennes. L’industrie russe s’est aussi renforcée pour faire face au soutien occidental.

Moscou serait la maîtresse de la guerre d’attrition. C’est le constat amer de généraux américains qui se sont entretenus avec des journalistes du Wall Street Journal. Ces hauts gradés ont estimé que l’armée de Vladimir Poutine “s’est constamment adaptée aux changements survenus sur le champ de bataille ukrainien”, jetant le doute sur les projets de Kiev de reconquérir les régions annexées par le gouvernement russe. La Russie a également modifié et renforcé son complexe militaro-industriel pour user les troupes ukrainiennes mais aussi le soutien militaire occidental.

Pour préserver son armée de l’air ainsi que sa supériorité aérienne, Moscou a modernisé ses bombes soviétiques pour en faire des “armes ailées”. Plus précisément, les avions de chasse russes volent assez loin de la ligne de front pour larguer massivement des bombes planantes pour frapper les troupes ukrainiennes. Ces bombes ont une portée supplémentaire et volent suffisamment bas et loin pour échapper à certaines défenses aériennes utilisant un système de radar.

Le colonel Yuriy Ihnat, porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, a déclaré au Telegraph que ces bombes représentaient une « menace très sérieuse ». Le rayon d’action accru offert par ces ogives planantes permet aux chasseurs russes d’éviter les sorties risquées près des lignes de front pour tirer des munitions. Les responsables ukrainiens estiment que les forces de Moscou larguent au moins 20 bombes planantes par jour sur le champ de bataille.

La Russie a également éloigné les postes de commandement et de nombreux dépôts de munitions des lignes de front après que l’Ukraine les a frappés à l’aide de lanceurs Himars fournis par l’Occident, qui tirent des roquettes guidées d’une portée de près de 80 kilomètres. Cela a été aussi le cas lorsque l’armée de Volodimir Zelenski a commencé à utiliser des bombes à longue portée guidées par satellite. Les Russes ont encore éloigné leurs postes de commandement. Ces frappes ont contraint les troupes de Moscou à économiser leur artillerie, à étendre leurs lignes de ravitaillement déjà mises à rude épreuve et à devenir plus précis dans leur ciblage.

Une défense composée de pièges redoutables

L’État-major russe protège désormais mieux ses soldats en construisant des tranchées profondes et hautement fortifiées. Les fantassins cachent leurs chars et leurs véhicules blindés de transport de troupes dans les lignes d’arbres et sous des filets de camouflage, et effectuent des sorties pour tirer sur les positions ukrainiennes avant de se replier rapidement « Si l’on compare leurs nouvelles tactiques avec ce qu’ils faisaient au début de l’invasion, la différence est colossale », a confé au Wall Street Journal Oleksandr Solonko, soldat dans un bataillon ukrainien de reconnaissance aérienne près de Rabotino, à proximité des principales lignes de défense de la Russie dans le sud. « Ils ont inondé la campagne avec des mines et installé toutes sortes de pièges. Ils l’ont bien fait. »

Dans le sud, les Russes ont intensifié l’utilisation de drones et de bombes guidées pour contenir l’offensive ukrainienne. Les drones explosifs Lancet et les drones de course équipés d’explosifs foncent sur les véhicules blindés ukrainiens, les fourgons d’évacuation médicale et l’infanterie, mettant les véhicules hors service et tuant ou mutilant des troupes. Yuriy Bereza, commandant du régiment Dnipro-1 qui se bat autour de Kreminna, dans l’est du pays, a déclaré au quotidien américain qu’il avait constaté une nette augmentation de l’utilisation des drones par les Russes, qui tentent de rattraper leur retard sur les Ukrainiens. Auparavant, il avait repéré un drone russe Orlan qui survolait occasionnellement l’une des positions de son régiment pour envoyer des coordonnées aux unités d’artillerie russes. Aujourd’hui, des essaims entiers sont actifs au-dessus de sa tête.

Moscou domine la guerre électronique et la production d’armes

Toujours dans le domaine des drones, les troupes ukrainiennes sur les lignes de front autour de Bakhmut affirment qu’elles perdent des dizaines d’appareils autonomes chaque jour parce que les équipements de brouillage russes parviennent à les faire tomber en territoire ennemi. Selon un rapport du think tank britannique Royal United Services Institute (Rusi), les troupes de Moscou abattent environ 10.000 drones ukrainiens par mois. Pour le groupe de réflexion, la guerre électronique “est une composante essentielle des tactiques russes et contribue aux pertes stupéfiantes que subit la flotte d’appareils autonomes de Kiev”. Les chiffres estimés – qui s’élèvent à plus de 300 drones par jour – ont été attribués à trois officiers ukrainiens anonymes interrogés par le Rusi en avril et en mai.

Enfin, le complexe militaro-industriel russe s’est renforcé malgré les sanctions économiques imposées à Moscou. Des responsables du Pentagone mais aussi des experts militaires européens et ukrainiens avaient estimé que la Russie avait augmenté sa production de missiles bien au-delà de son niveau d’avant-guerre. De plus, Washington estime que la Russie est en passe de fabriquer deux millions d’obus d’artillerie par an, soit le double de ce qui était initialement prévu par les services de renseignement occidentaux. Grâce à cette poussée, la Russie produit désormais plus de munitions que les États-Unis et l’Europe réunis. Kusti Salm, haut fonctionnaire du ministère estonien de la Défense, estime que la production actuelle de munitions des industriels russes est sept fois supérieure à celle de l’Occident. Cette montée en puissance industrielle rendra l’Ukraine particulièrement vulnérable à une intensification des attaques russes sur son sol dans les mois à venir.

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