05 août 2022

Beriozka-2.0 ou quand le Gouvernement russe reconnaît la supériorité de l'élite globaliste sur son propre sol


A  Moscou et à Saint-Pétersbourg, le Gouvernement russe annonce l'ouverture de deux magasins détaxés, hors zone frontalière, uniquement pour les diplomates étrangers, qui pourront y trouver leurs produits habituels et payer dans leurs monnaies habituelles (euros et dollars). Autrement dit, d'un côté l'armée russe est lancée pour, comme l'affirme Poutine, lutter contre cette colonisation atlantiste du monde et, d'un autre côté, le Gouvernement russe implante ce système coloniale, consistant à la reconnaissance de droits spécifiques à cette petite élite globaliste, afin qu'elle puisse de vivre à sa manière, sans avoir à dépendre des conséquences de la politique globale adoptée par son Gouvernement contre la population "locale" russe (locale et non plus nationale, puisque nous sommes dans un monde global). Quelle gifle pour la population russe, administrée par son propre Gouvernement ! Un meilleur moment n'aurait pu être choisi - si le but est de discréditer le pouvoir en Russie.

Le 26 juillet 2022, le Gouvernement russe a adopté un décret prévoyant l'ouverture de magasins détaxés en Russie. Non pas dans les aéroports, gares maritimes ou autres zones frontalières, dans lesquels les voyageurs peuvent acquérir des produits détaxés lors de leur voyage. Non, en pleine ville, là où il y a des missions diplomatiques étrangères. Puisque ces magasins leur sont exclusivement réservés.

Dans ces magasins, les citoyens russes seront interdits d'entrée, seuls les diplomates accrédités et leur famille pourront y avoir accès. Le rouble aussi, monnaie nationale, perd son exclusivité légitime sur le territoire de l'Etat russe, et il sera possible de payer en euros et en dollars. Que ne ferait-on en cette période de concorde globale pour satisfaire nos amis atlantistes ...

En un décret, le Gouvernement russe a réussi à réanimer le pire, et des années 90, et de la période soviétique, tout ce qui fait la faiblesse de l'Etat et du pouvoir. L'on revient ainsi à la période des paiements en dollars et en euros (quand les autorités russes se vantent dans les médias de dédolariser les échanges commerciaux mondiaux - il faudrait commencer par tenir chez soi), comme ce fut le cas après la chute de l'Union soviétique. Et l'on retrouve aussi l'hypocrisie soviétique des magasins Beriozka, divisés en eux catégories : ceux pour les étrangers, interdits aux Soviétiques, où l'on ne payait qu'en monnaie étrangère et ceux ouverts aux Soviétiques ayant travaillé à l'étranger et bénéficiant de coupons spéciaux de paiement. Le monde merveilleux de l'égalité communiste entre les hommes, fondant idéologiquement l'Union soviétique, a pris fin ainsi, au début des années 60 sous Khrouchtchev, avec la création de ces magasins spéciaux, ouverts à une certaine élite soviétique, reconnue un peu inférieure à la figure de l'étranger, qui était lui manifestement la véritable image fantasmée de l'élite. Aujourd'hui, même "l'élite" nationale est reléguée au niveau local, bien loin de ces demi-dieux étrangers, qui doivent vivre au-dessus des règles applicables au commun des mortels.

L'élite est toujours là, elle change simplement de type en fonction des époques. Comme l'écrit le MAE russe pour justifier cette décision inique d'ouverture de ces magasins - en période de sanctions massives contre les Russes :

"Des magasins sont ouverts, comme le précise le Ministère, à la demande de nombreux collègues étrangers - ils sont habitués au fait que partout, de l'Autriche et du Kenya à la Chine et aux États-Unis, il existe de tels magasins."

Donc, d'un côté, les diplomates russes à l'étranger sont sous une pression inédite en temps de paix, puisque les Etats-Unis et leurs satellites ne sont officiellement pas en guerre contre la Russie, ils sont massivement expulsés, ils sont régulièrement menacés, les propriétés diplomatiques russes aux Etats-Unis ont été violées, mais il faut garantir aux diplomates atlantistes (car il s'agit bien d'eux), un mode de vie en Russie, qui ne dépende pas des sanctions adoptées par leur pays contre la Russie. Car il s'agit bien de contourner les sanctions et de faire en sorte qu'elles ne concernent pas ceux qui les adoptent, comme le précise les experts dans les médias russes : 

"Maintenant, l'exportation de certains produits en Russie a été arrêtée et, officiellement, certains produits ne peuvent pas être achetés. Les diplomates et le corps diplomatique veulent être distingués dans une catégorie distincte, qui aura le droit d'accéder à ces magasins, qui fonctionneront légalement, il n'y aura pas d'importations parallèles. Il s'agira d'une vente directe via le fournisseur, via le magasin du fabricant. Le remplissage des magasins sera quelque peu différent de ce à quoi nous sommes habitués. Pourtant, je pense que cela ne s'appliquera pas seulement à l'électronique, cela s'appliquera toujours aux vêtements et à la nourriture."

Ainsi, les diplomates étrangers et leur famille doivent constituer une caste à part, une "élite" globale, que le Gouvernement russe vient de reconnaître, règle de la mondialisation à laquelle la Russie vient grossièrement de se soumettre. Actuellement. 

Que ces diplomates étrangers en aient formulé la demande, ce n'est pas étonnant. Ils ont ces magasins dans plusieurs pays parfaitement colonisés et n'ont pas envie de devoir payer en Russie le prix de la politique agressive de leur pays contre la Russie. Le fait que la Russie revendique sa souveraineté ne doit pas les empêcher de vivre selon les règles globales et non pas russes. Une première tentative avait été réalisée en 2015, justement après la première vague de sanctions liées au rattachement de la Crimée. L'ouverture de ces magasins avait déjà été annoncée et finalement la Russie avait, semble-t-il, résisté.

Le fait que, aujourd'hui, alors que la Russie s'est lancée dans un combat existentiel contre ce qu'elle affirme être la domination du monde globaliste, le Gouvernement russe se permette une telle décision est une gifle pour la population et un signe de faiblesse impardonnable, singnifiant qu'il y a toujours ce respect exagéré de l'étranger occidental, cette volonté des élites russes dirigeantes de faire partie de ce si petit monde des élites globalites. Mais elles ont simplement oublié que dans les grands restaurants, les serviteurs, les valets et les portiers ne sont pas admis à table.


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