27 octobre 2021

Z et la “révolution de couleur” ?

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L’événement-Zemmour étant ce qu’il est, on est autorisé, sans craindre le ridicule, à faire quelques hypothèses, jusques et y compris l’extrême de la chose, en cas de deuxième tour victorieux. Puisque nous sommes à la fois dans la réalité et dans la perspective plausible, je vais m’employer à faire une hypothèse de projection sur une possibilité fort peu abordée. Il est de fait qu’avec Zemmour, on ne parle guère de politique extérieure et que j’entends ici combler ce vide.

... Il est également vrai qu’il ne nous a pas communiqué son programme en détails mais, lors de son déplacement à Rouen le 23 octobre (voyez autour des 18’00”-20’00” de la vidéo), il a consacré son intervention à ce domaine qui est, dans son cas, absolument fondamental. Sans surprise, on a trouvé confirmés les principaux thèmes des conceptions d’un Z animé d’un gaullisme extrême, conceptions constituant une sorte de copié-collé de la politique du président de Gaulle en 1964-1966.

Je fais vite, car tout cela est connu, mais en mettant l’accent sur ce qui est essentiel de mon point de vue, et qui fait un considérable changement par rapport à l’étrange comportement de la bizarre “politique étrangère” macronienne, entre le “en même temps” qui implique finalement de n’être nulle part sinon dans le sillage des simulacres euroatlantiques, et la leçon de moraline globalement dispensée qui fait prendre pour du comptant les illusions de la communication affectiviste... Il est donc question, de la part de Z, de ceci qui suffit amplement à notre bouleversement :

• Une politique de sécurité selon le principe affirmé et affiché de l’indépendance nationale, assortie d’une immense méfiance pour les divers projets européens de coopération, notamment avec l’Allemagne de laquelle il importe de prendre ses distances ;

• La sortie du commandement intégré de l’OTAN qui nous ferait revenir à la situation de 1966-1996 ;

• l’établissement de solides relations avec la Russie s’accompagnant d’une certaine défiance de ce qu’il y a de trop serré et de trop dépendant dans les relations avec les USA jusqu’aux pires aventures (référence à la décision française de 2003 de refuser de suivre les USA en Irak).

Je ne vois rien là-dedans, on s’en doute, qui soit objectivement déraisonnable ni stupidement risqué. Pourtant, dans ce monde qui semble tenir la déraison pour la vertu centrale, l’esquive du risque stupide se mesure à l’aune de la soumission aux commandements des forces qui instituent la contrainte du Système, soit les USA devenus fous avec l’OTAN devenue gâteuse en bandouillère.

Mais j’arrête là mon constat de logique et de bonne mesure et je me retrempe dans les temps étranges que nous vivons pour annoncer une perspective : c’est ici le docteur qui parle et se risque à vous livrer son diagnostic prévisionnel, dans l’hypothèse où il apparaîtrait très sérieusement, et chronologiquement possible, que Zemmour puisse l’emporter, – et plus encore bien entendu s’il l’emporte mais cela ne serait qu’une suite d’une réaction déjà affirmée et dont les effets seraient déjà imprévisibles...

(De façon très intuitive et assez arbitraire je le confesse, je sépare dans le chef des réactions supposées du Système, essentiellement des USA, le cas Zemmour de celui “des” Le Pen. Je crois les jugements américanistes habitués aux tours de piste des Le Pen père et fille, – qu’ils auraient pu soupçonner des mêmes intentions horribles de Zemmour. Ils ont pris l’habitude de les mettre dans un système français dont ils n’ont aujourd’hui rien à craindre, et ce n’est qu’en 2017 [2002 étant hors-jeu] qu’il y eut un deuxième tour sérieux, alors que le RN était perçu comme complètement institutionnalisé. Zemmour, c’est une autre affaire, on le sait dans le brouhaha terrible de la communication qui le perçoit hors de ce même “système français”. C’est un facteur complètement inconnu, quelque chose qu’on suppose de tous les possibles jusqu’à l’impossible. Il correspond à cette époque terrible que nous connaissons depuis le début 2020.) 

Dans cette hypothèse d’une possibilité d’une cavalcade-Zemmour, donc, j’avance en assumant le risque de de la spéculation qu’une folie extraordinaire, un délire paranoïaque s’installera dans toutes les officines d’influence et de décision du monde anglo-saxon avec tous ses relais euroatlantiques. Cela est d’autant plus probable, sinon inévitable, que ces pays, et notamment les USA depuis 2015-2016, se trouvent dans des humeurs de folie extraordinairement exacerbées, avec l’illusion évidente que perdure dans sa chute sa surpuissance qui ordonne la soumission du monde à ses simulacre fantasmés, avec une autorité centrale en constante dégradation, avec le wokenisme qui instruit les esprits d’une position de grande supériorité morale... Voilà donc le champ ouvert pour des organismes bien connus, – la CIA, le MI6, la constellation d’auxiliaires privés, notamment dans les ONG type-Soros, – pour des actions destinées à bloquer la sorte d’évolution qu’un Zemmour voudrait imprimer à la politique extérieure de la France.

Vous comprenez alors aisément que j’en vienne à envisager l’hypothèse d’une version française de la fameuse recette de la “révolution de couleur”. Si les organisateurs de cette sorte de festivités ont de l’humour cultivé, ils pourraient nommer cela “la révolution du lys” ; cela serait-il en souvenir homophonique du héros de Homère, ou bien plutôt sinon certainement en souvenir du lys royal qui ne déplaît pas à Zemmour, mais aussi pour faire un rapprochement d’armurerie avec le glaive de ‘Gladio’, puisque de Gaulle disait fameusement :

« La France fut faite à coups d’épée. La fleur de lys, symbole d’unité nationale n’est que l’image d’un javelot à trois lances. » (Et l’on voit qu’ainsi le travail de déconstruction est en cours, et l’humour persifleur de l’inversion idem, le lys devenant dans ce cas d’une “révolution de couleur” le projet d’un “symbole de désunion nationale”.)

C’est dire si je crois qu’on peut envisager l’hypothèse d’événements dramatiques dans la période des élections présidentielles, et que ce qu’on désigne comme une “guerre civile” en France pourrait survenir d’une manière bien inattendue. Je ne peux imaginer ni concevoir que le Système, notamment dans sa représentation US, dans l’état d’exacerbation où il se trouve, dans la démence sénile que lui propose son grand chef, puisse accepter qu’une politique comme celle qu’envisage Zemmour se trouve dans une posture qui l’autoriserait à croire à la possibilité ne serait-ce que d’approcher les marches du pouvoir. Il y aurait évidemment bien des scénarios possibles, avec des masses de manœuvres évidentes. Ce n’est pas pour rien que les divers “services” US ont beaucoup “travaillé” les banlieues, – ce n’est jamais pour rien que la CIA et le département d’État font leur travail...

Il faut dire que les choses se présentent bien. Quoi qu’on en dise, – et même si on en dit tellement qu’il faut s’en méfier, – je croirais volontiers que Zemmour n’est pas le genre de type à avoir fait des ‘trips’ du genre ‘Young Leaders’ où ils croient pouvoir piéger les futurs cadres des pays soumis mais en conquête permanente ; ce n’est pas le genre de type qui leur plaît, un peu trop “en-dehors” dans sa carrière ; c’est donc le genre de type dont il se méfient et se défient affreusement.

(D’ailleurs, on notera qu’ils se trompent aussi souvent, et même très souvent... Moi-même, j’ai fait partie d’un de ces groupes, ce devait être une sorte de ‘Future NATO Leaders’, il y avait même Pierre Lellouche et Giesbert dans le groupe, pour quelques jours passés à la RAND Corp., à Santa Monica ; cela devait être autour de 1983-1984 : et voyez ce que je suis devenu, comment j’ai si mal tourné malgré bien des embuches à venir suivant la tournée des embauches ; mais bon, toute cette expérience signalée dans les références [URL] qui précèdent, me permettant d’avoir une certaine capacité intuitive de jugement dans cette sorte d’affaire.)

Comment verrais-je la chose, d’ici avril 2022, au cas d’un Zemmour bien en course ? D’abord, eux, ils n’y verront même pas “que du feu”, ils ne verront rien parce qu’ils ne regardent pas, complètement indifférents aux bruits à venir. Il y aura bien quinze-vingt mémos et rapports de leur chef de station à Paris. A Washington, à Langley, ils s’en foutent. (Un de mes amis dans le SR belge avait recueilli dans les années1980, pourtant brûlantes, les doléances du chef de station de la CIA de Bruxelles, sur le désintérêt total de Langley pour ses analyses et ses commentaires. Isolement intellectuel complet : tout ce qui n’est pas à D.C. même, Washington ou Langley, est soit suspect mais menu fretin, soit sans intérêt par rapport à ce qu’on sait sur place, sur l’Olympe, à D.C.

Puis un jour, quelque part fin mars ou en avril 2022, si Zemmour se confirme bien en course pour le second tour, tout d’un coup, yeux brusquement écarquillés, exclamations stupéfaites : qui c’est, ce type, avec sa sortie de l’OTAN et ses “bonnes relations avec la Russie” ? Si Zemmour passe au second tour, panique complète ! Alerte générale, mobilisation, “mais qu’est-ce qu’ils foutent à Paris, c’est bien la peine d’avoir une station” ! Zemmour, aussitôt catalogué agent du FSB, marionnette de Poutine, les preuves s’accumulent, les témoignages, les “fuites” dans tous les coins, même réseau que Trump, – d’ailleurs, Macron confirme...

Je crois alors que ce serait dans cette sorte d’atmosphère irréelle, de pertes de contrôle et de leurs nerfs au cours de réunions secrètes d’urgence, que le principe d’une “colour revolution” serait adopté à l’unanimité et de toute urgence, comme seule porte de sortie concevable d’une situation qu’ils percevraient comme insaisissable. Peut-être bien que Soros serait déjà là avec son petit plan-B aux petits oignons tandis que les premières manifs éclateraient dans les banlieues... Bien entendu, les “chances” sont immenses, avec eux c’est la coutume, d’un fiasco partiel jusqu’à être complet, d’un désordre en boule de neige, roulant de barnum en médrano, de pandémonium en chambardement, sous les auspices attentifs du chaos.

Je dois dire qu’à y penser et repenser je crois beaucoup plus à cette sorte de “sortie de crise” se transformant en pseudo-“guerre civile” qu’à une “guerre civile” classique, comme celle qu’on envisage en général. C’est-à-dire que, d’une façon générale, et d’ailleurs quoi qu’il en soit de l’éventuel vainqueur, j’ai beaucoup de peine à croire que cette élection de 2022 se passera sans péripéties très graves, avec d’intenses pressions extérieures qui sortiraient le psychodrame franco-français de ses plateaux de talk-show que les Français consacrent à eux-mêmes, où “les Français parlent aux Français” en quelque sorte..

Alors, la France, stupéfaite et secrètement ravie, pourra mesurer combien, finalement, elle tient une place importante dans l’équilibre de ce que Paul McCulley nomme “stabilité du déséquilibre”. Peut-être tiendra-t-elle même une place d’honneur dans le déferlement de la dernière phase de la Grande Crise, en en devenant pour la cause l’une des principales déclencheuses.

(Bien entendu, on peut toujours opposer à ce diagnostic prospectif les arguments des sachants-comploteurs : Zemmour comme pion du (S)ystème, comme agent d’Israël et ainsi de suite. Je veux bien : alors, c’est peut-être lui qui lancerait sa “révolution de couleur” contre lui-même.)

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