30 septembre 2022

"Casus Belli" de l'OTAN en mer Baltique...

La "guerre des tubes" sous tend et même initie nombre des conflits modernes de l'Asie centrale à l'Europe, en passant par le Moyen Orient, et aujourd'hui elle refait surface en mer Baltique sur fond d'un conflit russo-ukro-atlantiste.

Trois explosions, suivies d'une quatrième ont gravement endommagé les gazoducs russes "North Stream 1" et "North Stream 2" en mer Baltique, dans le secteur de l'île danoise de Bornholm. Ce sabotage constitue une étape majeure dans l'exacerbation de la confrontation Est-Ouest, dont l'épicentre ukrainien traditionnel est entré en 2014 dans une phase éruptive exponentielle gravissime. 

Cet événement est en effet majeur à plus d'un titre :
  • sur le plan politique, c'est un nouvel acte de représailles russophobe répondant au processus de rattachement référendaire organisé dans les régions du Donbass et de la Novorossiya, dans la communication occidentale habituelle de l'inversion accusatoire,
  • sur le plan économique, l'attaque des gazoducs russes coupe un des derniers fils géoéconomiques reliant la Russie à l'Europe, précipitant cette dernière dans la dépendance du gaz de schiste nord-américain, 
  • Sur le plan militaire enfin, dans la conduite du conflit russo-ukrainien, c'est la première attaque "100% OTAN" réalisée militairement contre une ressource stratégique russe, et qui plus est, en dehors du théâtre d'opérations ukrainien.
Le 27 septembre, au moment où s'achevaient les référendums irrédentistes dans les régions à l'Est de l'Ukraine, les gazoducs entre la Russie et l'Allemagne ont été sabotés dans un espace maritime sous contrôle des autorités occidentales et dans lequel opéraient des forces navales de l'OTAN. Cette opération sous-marine effectuée entre 50 et 100 mètres de profondeur n'a pu être organisée qu'avec des moyens et des spécialistes militaires (sous marin) que seules des armées nationales possèdent.


1 / Un nouveau délire occidental

La propagande occidentale accuse la Russie d'avoir miné 
les gazoducs "North Stream 1 & 2" lors de leur construction

Une enquête a été immédiatement ouverte par la Russie et les pays riverains de la zone maritime concernée, mais tous s'accordent déjà sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un accident ni même d'un attentat terroriste artisanal.

Mais déjà on observe la propagande occidentale de l'absurde s'envoler vers de nouveaux sommet de l'hystérie russophobe, affirmant que c'est la Russie (qui contrôle le robinet du gaz) qui a détruit ses propres gazoducs, lesquels sont le fleuron de l'exportation de sa puissance économico-stratégique ! Un délire occidental qui depuis plusieurs années est entré dans une dimension psychiatrique et, depuis le crash du MH17 en juillet 2014, est devenue incurable !

Il faudra ici aussi probablement attendre des années pour confirmer l'identité des auteurs de cette attaque majeure.

2 / Un feu vert pour le "projet des trois mers"

L'une des conséquences économiques majeures de cette attaque va être la mise en œuvre urgente, au seuil de l'hiver, du projet énergétique étasunien pour l'Europe appelé "Trois mers", car il relie les mers Baltique, Adriatique et Noire avec un réseau de gazoducs devant distribuer le gaz de schiste Nord américain.

Ce projet énergétique mondialiste, appelé "Trimorye",  "Three Seas Initiative" (ITM) ou encore  "Balto-Adriatic-Black Sea Initiative" (BACHI), regroupe 12 pays d'Europe de l'Est, qui sont pays de l'OTAN, et rejoint bien sûr en tant que "partenaire" par le dernier laquais régional de l'Oncle Sam: l'Ukraine !

Autriche, Bulgarie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie,
Slovénie, Slovaquie, Croatie, Tchèquie, Estonie et maintenant Ukraine 

Il s'agit pour la ploutocratie mondialiste d'organiser un réseau d'acheminement et de distribution du gaz de schiste nord-américain et bien sûr d'en assurer le monopole ! Tandis que des terminaux gaziers sont construits en urgence en Pologne, en Lituanie, en Croatie, en Grèce et en Bulgarie, des gazoducs les reliant aux consommateurs se multiplient comme le "Baltic Pipe" polonais par exemple. Et bien sûr la viabilité de ce projet, qui doit imposer un gaz de schiste beaucoup plus cher que le gaz russe, ne peut être réalisé que par l'éviction pure et simple de ce dernier du marché européen.

Et ici l'Ukraine, malgré son statut juridique subalterne de "partenaire" au projet, s'avère en réalité en être la pierre d'angle principale, car l'Ukraine qui était le principal transitaire du gaz russe dispose d'un réseau opérationnel de gazoducs important desservant les pays de l'Est et du Sud-Est européen et surtout d'immenses installations de stockage souterrain situées dans l'ouest de l'Ukraine estimé à 25,6 milliards de mètres cubes, qui seraient vitales pour la période hivernale. La veille de la destruction des gazoducs russes maritimes, le 26 mars, le ministre ukrainien de l'Énergie, German Galushchenko, a fait la proposition suivante :

"L'Ukraine dispose d'une importante capacité de stockage de gaz naturel, nos réserves souterraines sont les plus importantes d'Europe. Dans notre initiative RESP, nous proposons d'utiliser nos installations UGS pour créer une réserve de gaz stratégique pour les pays d'Europe."

Mais ce projet énergétique nord américain n'est pas seulement une bataille de l'hégémonie mondialiste contre concurrence économique russe mais aussi un moyen pour augmenter l'endiguement de la Russie, et la vassalisation des pays européens.

Cette stratégie occidentale, qui sera modernisée et nommée « containment » par Georges Kennan en 1945, est ancienne : elle remonte au minimum à la fin du XVIIIème siècle, lorsque la libération des territoires russes de la Mer Noire, occupés par les ottomans, a ouvert la concurrence russe à la thalassocratie britannique, laquelle organisait alors sa suprématie dans les mers chaudes via la "route des Indes". Depuis, les énergies fossiles ont démultiplié les enjeux et les menaces et exacerbé la confrontation entre les super-puissances étasunienne, russe et chinoise. 

Mais cette guerre économique des puissances marchandes de la Mer contre les puissances traditionnelles de la Terre (voir le travail socio-anthropologique de Zigmunt Baumann à ce sujet) ne peut être mis en œuvre par la lointaine thalassocratie étasunienne, devenue chef de file de l'hégémonie capitaliste, qu'avec la complicité des pays européens. Cette servitude volontaire occidentale a été obtenue par la domestication des populations européennes par les totalitarismes étatiques capitalistes, leur vassalisation logique au marché mondial et la fracture impérative entre Occident et Eurasie. On observe cette dernière stratégie de clivage du continent européen s'opérer dès la moitié du XIXème siècle, avec notamment la guerre de Crimée qui place déjà la Mer Noire et l'Ukraine en première ligne de la confrontation Est-Ouest. 

Plus tard, les États capitalistes occidentaux n'auront de cesse que de briser toutes les tentatives de coopération politique, économique ou militaire entre la Russie et l'Europe de l'Ouest, notamment l'Allemagne. Parmi les géostratégies russophobes cherchant à isoler de l'Europe occidentale de la Russie,  figure celle du polonais Jozef Piłsudski, nommée "Intermarium"  et dont le projet énergétique des "Trois mers" n'est que la déclinaison actuelle initiée par la production du gaz de schiste, avec, en plus de nourrir le complexe industriel étasunien, les mêmes objectifs initiaux: affaiblir la Russie et l'Allemagne qui sont les moteurs potentiels d'une puissance économique concurrente au marché mondial.

3 / Une attaque directe de l'OTAN contre la Russie

Les 4 explosions au total qui ont été enregistrées contre les gazoducs "North Stream 1 & 2" ne peuvent être dues qu'à une opération militaire importante et que seules des forces armées modernes et dotées d'équipement et commandos marines spécialisés peuvent réaliser. 

Les sabotages ont été révélés car du gaz était resté dans les gazoducs et il est venu bouillonner en surface juste après que les sismographes danois aient enregistré plusieurs explosions sous marines. 

Les quatre sabotages ont été réalisés entre 50 et 130 mètres de profondeur contre des structures réalisées avec des tubes de 12 mètres de long, 1.2 m de diamètre, pesant 24 tonnes et fabriqués dans un acier ultra résistant de 5 cm d'épaisseur capable de résister à la pression sous marine et celle du gaz, et enveloppés dans un sarcophage de béton .

Le polonais Radek Sikorski, député européen et 
ancien ministre polonais des affaires étrangères  a
 supprimé un tweet de remerciement pour l'attaque
contre les gazoducs russes en mer Baltique.

Jusqu'à présent les forces de l'OTAN avaient limité leur cobelligérance à une stratégie d'équipement militaro-industriellle, une stratégie d'engagement par proxy ukrainien ou privé, ou une stratégie de renseignement opérationnel via leurs satellites d'observation et aéronefs de guerre électronique. Ce 27 septembre, même si l'écusson national des forces spéciales ayant réalisées cette attaque n'est pas encore connu, il est évident qu'il s'agit d'un acte mené par l’État Major de l'OTAN et confié à ses grenouilles étasuniennes, britanniques ou françaises par exemple, qui ont toutes les capacités à mener ce type de mission

Voilà ce que promettaient les faucons de guerre étasuniens concernant les "North Stream" :

Victoria Nuland, le 27 janvier 2022 : "Si la Russie
envahit l'Ukraine, le North Stream 2 s'arrêtera,
d'une façon ou d'une autre !"

Jo Biden le 7 février: "si des chars russes traversent
la frontière ukrainienne alors, il n'y aura plus de 
North Stream. Nous y mettrons fin et je vous promets
que nous avons les moyens de le faire" 

Pour le moment les russes, qui restent fidèles à leur intelligence diplomatique de ne jamais accuser avant les conclusions des enquêtes en cours, (contrairement aux hyènes occidentales) n'ont pas engagé de riposte mais, nul doute qu'elles interviendront symétriquement dès que l'écusson des grenouilles de l'OTAN aura été confirmé.

Car cette attaque est de facto un casus belli !

Pour conclure provisoirement ce chapitre, il est également à noter qu'au même moment et au même endroit se déroulaient des exercices navals de l'OTAN, avec mise en situation de commandos marines.

En conclusion

Réparer à court terme les gazoducs russes de la Baltique me semble difficile, tant sur le plan technique que contextuel et je pense même que d'autres attaques vont intervenir sur les gazoducs russes, ici ou ailleurs.

Cette attaque qui pénalise bien sûr la Russie mais aussi et surtout les pays européens, va à court terme augmenter leur dépendance servile vis à vis des USA, fragiliser l'économie allemande qui était le bouclier de leur indépendance économique et renforcer l'Ukraine dans son partenariat stratégique avec l'OTAN.


Pour la Russie, une fois encore en train de subir la stratégie belliciste mondialiste, une réaction militaire totale s'impose de plus en plus, pour sauver son existence en tant que puissance indépendante et après le front de la Mer Noire, de se préparer à affronter également l'OTAN sur le front de la Mer Baltique, que les anglo-étasuniens viennent d'ouvrir avec cette attaque sur les gazoducs "Northstream".

Reste l'inconnue de la réaction de Berlin, car cette attaque est aussi un coup direct porté contre la puissance industrielle allemande, mais je doute que cela déclenche une mutinerie au sein de la meute atlantiste.

Chaque jour les mondialistes surfant sur l'onde de choc grandissante du Maïdan, précipitent un peu plus la Russie et les peuples d'Europe vers un chaos total !

Erwan Castel

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