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11 mai 2020

Un nuage toxique de dioxyde de soufre envahit la moitié nord de la France


La carte de prévision de la concentration de NO2 pour ce lundi après-midi. | WINDY
Dans la nuit de dimanche à ce lundi 11 mai, le téléphone n’a pas arrêté de sonner chez les pompiers de l’Ile-de-France. Quelques heures plus tôt, il en avait été de même chez leurs collègues des Hauts-de-France. Et, depuis ce lundi matin, ce sont les habitants des Pays de la Loire – et singulièrement de Nantes, de la Sarthe et du Mans – qui appellent les hommes du feu.


À chaque fois, tous signalent un phénomène à la fois désagréable et inquiétant : une forte odeur de soufre qui plane dans l’air. À chaque fois, la crainte d’un accident industriel comme celui de Lubrisol, près de Rouen, est évoquée par les gens – parfois paniqués – qui composent le 18. À tort : Aucune intervention particulière n’est en cours expliquent les pompiers les pompiers de Paris.

Devant l’ampleur du nombre des appels, ils se fendent même d’un communiqué officiel sur Twitter dimanche soir, appelant les Parisiens au calme.

Odeur de soufre ressentie sur plusieurs départements vraisemblablement liée aux récentes intempéries. Prise en compte, cette odeur ne correspond a aucune intervention particulière en cours. Merci de ne composer le 18-112 qu'en cas d'urgence avérée. pic.twitter.com/oIwODSbgzY— @PompiersParis (@PompiersParis) May 10, 2020

Cette odeur ressentie sur plusieurs départements est vraisemblablement liée aux récentes intempéries, expliquent-ils. Prise en compte, cette odeur ne correspond à aucune intervention particulière en cours. Merci de ne composer le 18-112 qu’en cas d’urgence avérée, ajoutent-ils. Si leur réponse est rassurante, elle ne résout pas ce double problème : qu’est-ce que c’est que cette odeur ? Et qu’est-ce qui la provoque ?

Qu’est-ce c’est que cette odeur ?

Elle est le signe d’une pollution atmosphérique. À quoi ? À deux éléments principaux. Au NO2 d’abord – traduisez : au dioxyde d’azote. Celui-ci fait partie de la famille des NOx, autrement dit des oxydes d’azote, qui se forment par combinaison de l’oxygène et de l’azote. Rappelons que le NO2 est un gaz très toxique par inhalation. Il sent mauvais, il est âcre et pique les yeux car, pour faire court, il interagit chimiquement avec l’eau (y compris donc avec celle de nos yeux).

Reste que cette odeur peut aussi être le signe d’une pollution au dioxyde de soufre (SO2), à l’odeur d’œuf pourri caractéristique. Cela dit, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France, Airparif, n’a pas relevé de fortes teneurs en SO2, mais précise que cette odeur nauséabonde peut également être émise par un composant très présent dans les eaux usées, le sulfure d’hydrogène (H2S), un gaz très reconnaissable… mais qui ne fait pas partie de ses relevés.

Certains relèvent même une odeur particulière : « On dirait un mélange entre insecte brulé dans une hampe halogène et le vieux chou de Bruxelles… »

Mais c'est quoi cette odeur à Paris ? On dirait un mélange entre insecte brulé dans une hampe halogène et le vieux chou de Bruxelles Plusieurs potes me le signalent aussi à divers points de l'IDF— Marie Boscher (@BoscherMarie) May 10, 2020

Quelle est l’origine de cette odeur ?

- Le brassage des égouts

C’est ce qu’a avancé la mairie de Paris dès la nuit dernière. Emmanuel Grégoire, premier adjoint, affirme que ce pourrait être lié aux brassages des réseaux d’assainissement à cause des fortes pluies qui fait remonter les gaz de décomposition.

Sans être fausse, au contraire, l’affirmation ne semble pas suffisante : certes, les violents orages de ce week-end ont entraîné de violentes précipitations, elles-mêmes engorgeant et brassant le réseau des eaux pluviales et d’assainissement. De là à soulever de telles odeurs d’œuf pourri, et sur une telle distance, de Lille jusqu’à Nantes, la chose semble peu probable. Dans un tweet (ci-dessous), Emmanuel Grégoire annonce qu’« aucun incendie ou incident industriel n’a été signalé ». Il ajoute que des « vérifications [sont] en cours ».

.Aucun incendie ou incident industriel n’a été signalé. L’odeur “sulfurée” pourrait être liée aux fortes précipitations. Vérifications en cours.— Emmanuel GREGOIRE (@egregoire) May 10, 2020

Que du dioxyde de soufre (ou du sulfure d’hydrogène) ait été relâché dans l’atmosphère par les égouts des grandes villes est fort plausible. Mais ces gaz ne sont pas forcément suffisants pour créer à lui seul un phénomène d’une telle importance géographique. Alors, qu’est-ce qui a pu amplifier le phénomène ?

- Les orages eux-mêmes

On ne le sait pas forcément, mais les phénomènes orageux sont des usines à oxydes d’azote (accessoirement, il en va de même pour les éruptions volcaniques et les grands incendies de forêts).

Plus d’1,2 milliards d’éclairs se produisent dans le monde chaque année. Des essais en laboratoire et sur le terrain ont révélé que le cœur de certains éclairs atteint 29 700 °C. Une chaleur monstrueuse, en tout cas suffisante pour faire fondre instantanément le sable et casser les molécules d’oxygène et d’azote en deux atomes individuels.

Traduisez : chacun de ces milliards d’éclairs produit un souffle d’oxyde d’azote (Nox) qui réagit avec la lumière du soleil et d’autres gaz de l’atmosphère pour produire notamment de l’ozone. Près de la surface de la Terre, l’ozone peut nuire à la santé des humains et des plantes ; plus haut dans l’atmosphère, c’est un gaz à effet de serre puissant ; mais il a quand même pour lui, dans la stratosphère, de bloquer la radiation des ultraviolets, responsables des cancers.

Or, la France a connu ce week-end de violents orages. Pas des milliers d’éclairs, bien sûr, mais en nombre suffisant pour produire des oxydes d’azote, comme l’explique Mark Parrington dans un tweet (en anglais) :

- Une onde de pollution

On l’a vu ce week-end, et on ne peut que le remarquer depuis ce lundi matin : après des flux de sud-sud-ouest chauds et humides qui ont fait remonter sur la France des orages puissants et durables, un immense front froid, venu du nord-nord-est, a rapidement repoussé cet air chaud pour apporter ses températures fraîches jusqu’au sud de la Loire.

La carte de prévision météo pour ce lundi – et quasi-identique pour les jours qui viennent : un anticyclone à l’ouest des îles Britanniques et des flux de nordet sur la France. | WINDY

Ce qui a d’ailleurs provoqué dès dimanche des brumes et brouillard épais sur la Manche, le Cotentin et la Bretagne Nord (photo ci-dessous).

La plage de Saint-Malo ce dimanche : beaucoup de brouillard, conséquence de la rencontre entre la masse d’air froid brutalement descendu du nord-est et la masse d’air chaud qui remontait jusqu’ici du sud-ouest. | OUEST-FRANCE
Ce faisant, ce vent fort a entraîné avec lui, et accumulé le long de la bordure chaude, l’atmosphère chargée en pollutions (NO2 et SO2 notamment) qui régnait sur la Grande-Bretagne et l’Europe du Nord (Pays-Bas, Belgique…), notamment au-dessus des grandes villes.

Car, il faut le redire, la principale source de la pollution aux oxydes d’azote est d’origine humaine : c’est la combustion des énergies fossiles (charbon, fioul, gaz naturel). Les échappements d’automobiles et plus particulièrement les véhicules diesel représentent une partie importante de la pollution atmosphérique par les NOx. La fermentation de grains humides stockés en silos ou certains épandages agricoles massifs sont également des sources d’exposition à ces polluants.

Comme on le voit sur la carte en tête d’article, la concentration en NO2 était particulièrement importante sur une diagonale entre Lille et Nantes, la nuit dernière et elle devrait le rester jusqu’à ce soir au moins (carte ci-dessus).

Ce phénomène est-il dangereux ?

Oui. Et non. Comme bien souvent, tout dépend de la quantité du polluant considéré. En l’occurrence, de la concentration du NO2 (ou des NOx) et du SO2 dans l’atmosphère.

Les concentrations relevées la nuit dernière et ce matin, elles, ne dépassent pas les seuils de dangerosité établis par les autorités. Ainsi, les valeurs limites pour Airparif correspondent à, en moyenne annuelle, 50 µg/m³ pour le SO2 et 40 µg/m³ pour le NO2. Et les valeurs relevées la nuit dernière n’ont semble-t-il pas dépassé les 50 µg/m³ pour le NO2.

Quoi qu’il en soit, le laboratoire de la Préfecture de Police a fait des prélèvements la nuit dernière pour essayer d’identifier l’origine de cette odeur. Les résultats doivent être connus dans la journée

Le phénomène a semble-t-il été plus spectaculaire que dangereux. Ce qui ne cherche en rien à exonérer la réalité de cette pollution.

Pour conclure, on a donc assisté, depuis 24 heures, à un cumul de facteurs – naturels et humains – et de pollutions – oxydes d’azote et dioxyde de soufre – qui ont déclenché l’apparition, sur notre territoire, de ce gigantesque nuage à l’odeur nauséabonde. Pas les conditions rêvées pour un premier jour de déconfinement.

Source 

Dernière minute :

Les gaz ayant provoqué l’odeur de soufre auraient déclenché l’alarme d’au moins 7 datacenters à Paris.
Nouvelle assez inquiétante, prévenant d’une potentielle toxicité du gaz.

ll y aurait une usine chimique qui brûle en Suède :
Des capteurs de pollution d'Ile de France, correspondant au dioxyde de soufre, auraient été mis hors service. Plus possible d'obtenir les relevés.

Lubrizol 2 en cours ?

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