Une
lanceuse d’alerte a révélé de graves irrégularités dans les essais
cliniques du vaccin de Pfizer menés au Texas par un sous-traitant à
l’automne 2020, selon la revue médicale BMJ. Les autorités sanitaires
américaines n’ont pas donné suite à sa plainte.
Pour
les essais cliniques de phase III de son vaccin contre le Covid-19,
Pfizer a confié la tâche à des sous-traitants. L’un d’eux, Ventavia,
fait l’objet de graves accusations quant aux tests menés au Texas à
l’automne 2020. La directrice régionale de l’époque, Brook Jackson,
avait informé la FDA (Food and Drug Administration) de nombreux
dysfonctionnements, mais aucune suite ne semble avoir été donnée. La
revue médicale British Medical Journal (BMJ), l’une des plus lues au monde, rapporte ses plaintes ce 2 novembre.
Celle qui est devenue une lanceuse d’alerte
met particulièrement en doute l’intégrité des données et la sécurité
des patients. Dans le détail, elle expose notamment que les vaccins
n’étaient pas conservés à la bonne température, les patients non
surveillés après injection et non suivis même en cas d’effets
indésirables, ou encore des levées de l’insu précoces, c’est-à-dire le
fait de divulguer au patient le traitement qu’il reçoit.
Elle
accuse également son ancien employeur d’avoir falsifié les données,
d’avoir employé du personnel pas suffisamment formé, lequel tardait à
rapporter des effets indésirables. Le personnel chargé du contrôle de
qualité a quant à lui été rapidement submergé, pointe-t-elle.
Réaction de la FDA
Brook
Jackson dit avoir informé à plusieurs reprises ses supérieurs des
problèmes qui touchaient le laboratoire, en vain. Elle a alors rédigé
une plainte à la FDA, lui fournissant photos, documents internes de
l’entreprise et enregistrements audio dans l’espoir de faire bouger les
choses. Ayant informé Ventavia de sa plainte, elle a été licenciée dans
la foulée. Une autre ancienne employée assure d’ailleurs à BMJ que la
hiérarchie redoutait une inspection de la FDA.
Quelques
heures après l’envoi de la plainte, la FDA a remercié Brook Jackson
pour avoir partagé ses craintes, sans l’informer d’une éventuelle
enquête à venir. Elle a ensuite reçu un appel de l’agence pour discuter
de son rapport, dont elle n’a plus entendu parler depuis.
Autorisation
Informée
des multiples problèmes à Ventavia, Pfizer a continué à y avoir recours
pour d’autres essais cliniques, notamment sur les enfants, les femmes
enceintes et la dose de rappel. Malgré un audit réalisé, les mauvaises
pratiques y ont persisté, en partie liées au nombre insuffisant de
personnel. Deux ex-employés ont confirmé auprès de BMJ les principaux
éléments de la plainte de Mme Jackson.
Sur
les 153 sites d’essais du Pfizer, neuf ont été inspectés par la FDA, et
aucun site de Ventavia ne figurait parmi eux, poursuit la revue. La
société n’a pas non plus été mentionnée lors de la demande
d’autorisation d’urgence du vaccin auprès de la FDA le 10 décembre 2020.
Le médicament a été autorisé le lendemain, et définitivement approuvé le 23 août 2021.
Dates clés
Pour rappel, les phases I et II
avaient débuté en mai et juin 2020 sur quelques dizaines de
participants. Les résultats, publiés en août, affichaient peu d’effets
secondaires, et aucun grave. Après l’autorisation américaine, l’Agence
européenne des médicaments (EMA) a donné son feu vert le 21 décembre
2020, pour des premières injections dès la semaine suivante.
Les autorités américaines viennent de l’autoriser
pour les enfants de cinq à 11 ans, et la même demande a été faite
auprès de l’EMA, qui l’a déjà approuvée pour les 12 à 15 ans. Les doses de rappel
sont quant à elles autorisées sur les deux continents pour les patients
plus fragiles. Pour l’année 2021, le géant pharmaceutique prévoit que
les ventes de son vaccin s’élèveront à 36 milliards de dollars.
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