20 décembre 2019

Obertone : “La morale progressiste est le paravent de la tyrannie”


La réforme des retraites a déclenché un vaste mouvement de grève en France. Blocages dans les transports, coupures d'électricité, le bras de fer est engagé entre gouvernement et opposants à cette réforme. La guerre que prédit par Laurent Obertone dans son dernier livre Guérilla : le temps des barbares semble prendre forme. Entretien.

Valeurs actuelles. Dans ce deuxième volet de Guérilla : le temps des Barbares, vous décrivez une société sans repères: plus d'Etat, plus de leader. Vous avez eu accès aux informations du services de renseignement français. Est-ce parce que vous vouliez écrire un récit probant et non une fiction?

Laurent Obertone. Oui, ce n’est pas une expérience de pensée pure, je préfère travailler sur des bases concrètes. Ici, j’avais beaucoup de matière, venant notamment de mes contacts au sein des renseignements. Il s’agit de répondre à une très forte demande de me lecteurs : dresser le constat de la situation actuelle, c’est bien, mais que va-t-il se passer maintenant ? Je m’efforce d’apporter des réponses avec les deux premiers tomes de la trilogie Guerilla, qui décrit des scénarios de plus en plus probables.

Il y a un blocage de la Nation en ce moment. Les services public du transport sont bloqués. La CGT coupait volontairement l'électricité hier dans plusieurs villes de France. Votre récit se concrétise… Que pensez vous de ce soulèvement du peuple français ?

Je ne dirais pas qu’il s’agit du peuple français, ce mouvement social ressemble à tous les autres, dans lesquels on exige incessamment encore plus d’État – au détriment mathématique de ceux qui payent. Bien sûr, certains de ces manifestants peuvent déraper, mais si l’État venait à s’effondrer, ceux qui manifestent – qui dépendent le plus de l’État, et envisagent le moins leur avenir sans lui – seront les premiers perdants. Cette impatience généralisée est un des symptômes de la dégradation de la situation, et de son absence d’issue.

Est-ce ce vers quoi on tend ? Une Guérilla ?

Notre système ultra-étatique est à bout de souffle, économiquement, humainement, politiquement. Jamais la décohésion sociale et les tensions qui secouent la société n’ont été aussi importantes. Il y a une perte de confiance très forte entre le peuple et les élites, de multiples fractions sociales, idéologiques et communautaires… Du simple point de vue économique, un tel système ne peut que s’effondrer, au terme de son endettement. Quand ce sera le cas, de violents troubles prendront le relais, c’est inévitable.

Avez-vous peur ?

Non. Mais je suis lucide : peu de gens, moi compris, ont intérêt à ce qu’une telle prédiction se réalise. Personne n’est prêt pour ça. C’est aussi parce que nous avons délégué à cet état notre autonomie et nos capacités d’adaptation que nous serons si vulnérables en son absence.

Quel rôle les forces de l'ordre ont-elles à jouer dans ce contexte ?

Les forces de l’ordre empêchent pour l’instant la situation de basculer, que ce soit dans les banlieues, ou lors des mouvements de contestation. Paradoxalement, policiers et gendarmes comptent probablement parmi nos concitoyens les plus lucides concernant la faillite de l’État, mais leur mission est de le défendre, et d’obéir à ses ordres.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

L’inflation de l’État en est pour moi la raison principale. En s’étendant bien au-delà de ses missions primordiales de gardien du temple, il a peu à peu asphyxié l’économie, rendu des millions de gens totalement dépendants de la productivité de millions d’autres, et a peu à peu dépossédé le Français du fruit de son travail, mais aussi de ses pouvoirs, et de ses responsabilités. Nous travaillons aujourd’hui sans le voir au service de ce monstre et de ses innombrables satellites (médias, universités, justice, culture, administration, etc.), et lui ne défend que ses appétits, sa croissance, et ses intérêts. Pris sous le feu de sa propagande égalitaire – c’est-à-dire clientéliste –, nous ne remarquons même plus que notre volonté souveraine primordiale, la simple application de la loi en matière de droit commun et d’immigration, ne nous appartient plus, et a disparu derrière la morale « progressiste » et le mythe de la démocratie, qui sont le paravent de la tyrannie.

Pensez-vous que la doxa dominante peut changer et que la société guérira ?

La doxa peut changer, s’adapter à l’air du temps, mais ça ne résout pas le problème fondamental de cet État gigantesque, nécessairement factieux, qui défendra toujours ses intérêts avant ceux du peuple français. Pour nous donner une chance de guérir la société, il faut s’attaquer à ce cancer-État. Mais cela nécessite, pour le peuple français, de retrouver un semblant de système immunitaire… Ce sursaut est-il possible ? Que faire ? Voilà les autres grandes questions que me posent mes lecteurs. Et je vais m’efforcer d’y répondre dans mon prochain livre, prévu pour fin 2020. Avant d’écrire la suite et la fin de la trilogie Guerilla, pour 2021… Si elle n’a pas lieu avant. 
 
Source : https://www.valeursactuelles.com/societe/laurent-obertone-la-morale-progressiste-est-le-paravent-de-la-tyrannie-114221

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